Les temps finissent toujours par changer. Un jour, Harvey Weinstein occupe une des places les plus importantes dans l’histoire des oscars, et un autre, il disparaît pour toujours. Un jour, le long métrage de Nancy Meyers,
Ce que veulent les femmes fait 300 millions de dollars à l’échelle mondiale, et un autre, dix huit ans plus tard, le simple fait que Mel Gibson y joue le rôle principal devient une punchline. Et un jour, à cette même époque, Jimmy Kimmel co-animait The Man Show, alors que maintenant il présente les oscars en faisant de la politique de mouvement : « Si nous réussissons ici, si nous pouvons travailler ensemble pour arrêter le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, les femmes n’auront à faire face au harcèlement à aucun moment. « 

Les temps finissent toujours par changer. A tel point qu’un jour on ne le remarque pas, mais un autre on finit par se dire que le seul homme que tout le monde a toujours apprécié était Oscar, puisque celui-ci n’a pas de parties intimes. C’est drôle, parce que c’est triste.

Eh oui, 2018 est l’année où l’humour n’a jamais été un aussi beau compliment.

Dans la nuit du dimanche 4 mars au lundi 5, se tenait à Hollywood, au Dolby Theatre, la 90ème cérémonie des Oscars. Celle-ci était présentée pour la deuxième fois consécutive par un Jimmy Kimmel drôle et juste, comme à son habitude.

 

Une soirée à l’engagement mitigé

 

La cérémonie avait été prévue pour être d’un engagement sans faille. Après les BAFTA 2018 et les Golden Globes, on aurait pu penser que les oscars auraient mis en avant un tapis noir. Mais c’est le tapis rouge, plus traditionnel et moins engagé qui finit par être de sortie. Cela n’aura pas pour autant empêché la soirée de garder ce soupçon d’amertume, après l’ouragan #MeToo et Time’s Up.

Ava DuVernay avait prévenu, évoquant un « moment » consacré à Time’s Up lors des Oscars 2018 : « Nous ne sommes pas un groupe de protestation spécial cérémonies. Donc cette fois, nous nous mettons en retrait. C’est très important que vous sachiez que Time’s Up ne concerne pas que le tapis rouge. Et ces femmes que vous avez vues sur le tapis rouge et qui représentaient Time’s Up aux Golden Globes sont maintenant loin du tapis rouge, en train de se battre en tant qu’activistes », avait expliqué à CNN la réalisatrice.

C’est sur la scène de la 90e cérémonie que les trois ambassadrices du mouvement ont pris le micro afin de mettre en avant la libération de la parole des femmes dans le milieu du cinéma en disant : « ça suffit ». Ashley Judd, Annabella Sciorra et Salma Hayek-Pinault, trois femmes ayant publiquement accusé le producteur Harvey Weinstein d’agression sexuelle, ont introduit, dans une séquence pleine d’émotion, une vidéo honorant la diversité à Hollywood : « Beaucoup ont raconté leur vérité et le chemin est encore long mais doucement, un nouveau chemin émerge ».

L’autre message fort de la cérémonie fut par ailleurs celui de Frances McDormand, grande gagnante de l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri. Elle aura ainsi invité l’ensemble des femmes nommées à se lever et être applaudies comme il se doit. Au grand dam des organisateurs.

En effet, cette année, l’académie ne voulait pas entendre parler de politique… Voulant toujours plus de paillettes, plus de glamour… Sûrement pour pallier au manque d’audience de ces quelques dernières années. Et bien que Jimmy Kimmel, effleure le sujet qui agite tant le monde du cinéma depuis ces derniers mois, il ne manque pas de réaffirmer la vrai raison de cette cérémonie : « Ce show n’est pas fait pour revivre une agression sexuelle. C’est une cérémonie pour des gens qui ont rêvé toute leur vie de gagner un Oscar et je n’ai surtout pas envie de gâcher ce moment. » 

Ce qui aura donc fait cette soirée est … le palmarès.

 

Les récompenses

 

La forme de l’eau, du Mexicain Guillermo Del Toro a reçu 13 nominations et aura triomphé, en remportant quatre statuettes, dont les plus prestigieuses : celles du Meilleur film et Meilleur réalisateur.

Mais la vraie question reste de savoir quelle est l’influence que les mouvements auront eu sur les 5 000 votants de l’Académie. Peter Debruge, journaliste à Variety, explique à France Inter  :  « C’est vrai qu’un mouvement comme ‘Oscarsowhite’ les Oscars trop blancsa poussé l’industrie à mieux considérer les acteurs issus d’une minorité et l’idée de films avec plus de diversité. »

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, film centré sur un personnage féminin, aura ainsi profité du climat actuel à Hollywood.

 

Et voici le palmarès complet :

• Meilleur film : La Forme de l’Eau de Guillermo del Toro

• Meilleur réalisateur : Guillermo del Toro pour La Forme de l’Eau

• Meilleur acteur : Gary Oldman dans Les Heures Sombres

• Meilleure actrice : Frances McDormand dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

• Meilleur acteur dans un second rôle : Sam Rockwell, dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri 

• Meilleure actrice dans un second rôle : Allison Janney dans Moi, Tonya

• Meilleur scénario original : Jordan Peele pour Get Out

• Meilleur scénario adapté : James Ivory pour Call Me by Your Name

• Meilleurs décors et direction artistique : Paul Denham Austerberry, Shane Vieau et Jeff Melvin pour La Forme de l’Eau

• Meilleurs costumes : Mark Bridges pour Phantom Thread

• Meilleurs maquillages et coiffures : Kazuhiro Tsuji, David Malinowski et Lucy Sibbick pour Les Heures Sombres

• Meilleure photographie : Roger Deakins pour Blade Runner 2049

• Meilleur montage : Lee Smith pour Dunkerque

• Meilleur montage de son : Richard King et Alex Gibson pour Dunkerque

• Meilleur mixage de son : Mark Weingarten, Gregg Landaker et Gary A. Rizzo pour Dunkerque

• Meilleurs effets visuels : John Nelson, Gerd Nefzer, Paul Lambert et Richard R. Hoover pour Blade Runner 2049

• Meilleure chanson originale : Remember Me dans Coco, paroles et musique de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

• Meilleure musique de film : Alexandre Desplat pour La Forme de l’Eau

• Meilleur film en langue étrangère : Une femme fantastique de Sebastián Lelio (Chili)

• Meilleur film d’animation : Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina

• Meilleur film documentaire : Icarus de Bryan Fogel et Dan Cogan

• Meilleur court métrage de fiction : The Silent Child de Chris Overton et Rachel Shenton

• Meilleur court métrage d’animation : Dear Basketball de Glen Keane et Kobe Bryant

• Meilleur court métrage documentaire : Heaven Is a Traffic Jam on the 405 de Frank Stiefel

Charlotte Bartczak