«  Ce projet de loi porte atteinte au droit d’asile ». C’est ainsi qu’a été critiqué à gauche, à droite et même au sein de la majorité le futur texte législatif sur immigration.  Dans un contexte de fronde de l’opposition mais aussi de certains députés de la majorité, Emmanuel Macron s’est rendu ce mardi dans la région calaisienne. En début d’après-midi, le Chef de l’État a prononcé un discours devant les forces de l’ordre avant de s’entretenir avec les associations d’aides aux immigrés. À noter que « L’auberge des migrants » et « Utopia 56 » deux des principales associations d’aide ont décidé de boycotter cette rencontre pour protester contre le prochain texte de loi. Retour sur la première visite à Calais de Macron Président.

Visite d’un centre d’accueil

Lors de son arrivée, Emmanuel Macron s’est rendu au centre d’accueil et d’examen de situation (CAES) de Croisilles (Pas-de-Calais). C’est l’un des trois centres qui a été ouvert pour héberger les migrants dans l’attente d’une décision administrative. Sur place, le Président s’est entretenu avec des demandeurs d’asile et des bénévoles. Il s’est ensuite rendu dans une caserne de la gendarmerie mobile de Calais pour déjeuner avec les fonctionnaires avant de prononcer un discours face à eux.

Soutien aux policiers

Lors de sa prise de parole, le président de la République a fustigé les « mensonges » et les « manipulations » dans les critiques à l’encontre des forces de l’ordre et a exprimée sa « confiance sans faille aux forces de l’ordre ». Dans la logique de son désormais célèbre « et en même temps », le Chef de l’Etat a tenu à rappeler aux forces de l’ordre qu’elles se devaient « le respect absolu de la déontologie policière ».

Principale annonce, la création d’une « prime de résultat aux policiers de Calais » en tant que « soutien de la nation à leurs actions. »

Accueillir moins, mais accueillir mieux

Fortement critiqué ces derniers jours sur sa politique migratoire, Emmanuel Macron a répondu à ses détracteurs. « Nous devons accompagner les uns, raccompagner les autres (à la frontière NDLR) » a-t-il déclaré avant d’ajouter que les Français attendaient « l’ordre, l’autorité et l’humanité à chaque instant ».


Le Président de la République a reconnu que l’Etat n’assurait pas « l’accès à la nourriture » et que seules les associations oeuvraient dans ce domaine, il a annoncé que sur ce point que la France devrait « prendre à sa charge (l’accès à la nourriture) de manière organisée, en collaboration avec les associations ». Des associations dont le Président a salué « l’engagement » avant de les mettre en garde : « les associations qui poussent les migrants à rester dans la clandestinité ont une énorme responsabilité » et leur recommande d’ « utiliser les maraudes pour remmener les migrants vers les centres d’accueil ».

Le locataire de l’Elysée veut « revoir en profondeur le système d’intégration » d’où sa « demande de propositions aux députés pour alimenter la future loi ». Une loi qui devrait être publiée en février. Objectif : « Faire passer les délais de procédure de 18 à 6 mois » et « mettre en place un accompagnement personnalisé.»

Une coopération entre les pays concernés

Emmanuel Macron souhaite une politique « de coopération avec l’Europe et d’échange avec les Etats de départ et de transit ». Dans ce cadre, il souhaite pouvoir « donner l’asile à des personnes depuis leur pays ». Par exemple, un ressortissant qui n’est pas en sécurité dans son pays n’aura pas à supporter le long trajet vers l’Europe pour demander l’asile.

La présence de Macron à Calais intervient deux jours avant un sommet franco-britannique. Il évoquera la question migratoire avec Theresa May. À cette occasion, les accords du Touquet pourraient être remaniés qui fixent depuis 2004 la frontière entre les deux pays. Paris veut obtenir de Londres « des mesures concrètes » pour une meilleure prise en charge des mineurs isolés et pour le financement de la sécurisation du terminal de l’Eurotunnel et du port de Calais, selon l’Elysée. Le président de la République pourra compter sur les débats en cours à Bruxelles et l’assure, « les intérêts de la région seront préservés malgré le Brexit et le territoire demeurera attractif. »