Voilà une découverte qui pourrait bien changer la donne pour les personnes atteintes du cancer du sein. Les chercheurs du Centre de recherche en cancérologie de Toulouse affirment avoir révélé une connexité possible entre deux molécules impliquées dans la prolifération de la maladie. De quoi envisager un possible nouveau traitement contre les tumeurs récalcitrantes.

Traiter le cancer du sein grâce… au cholestérol. C’est la découverte récemment faite par les chercheurs du Centre de recherche en cancérologie de Toulouse (CRCT). Une équipe spécialisée dans le traitement des cancers, dirigée par les docteurs Marc Poirot et Sandrine Silvente-Poirot, a mis en exergue, en novembre 2017, l’existence d’une possible corrélation entre la molécule « dendrogénine A » (DDA), bénéfique pour la régression des cancers du sein, et l’« OCDO », qui favorise la prolifération des cellules cancéreuses.

Un nouveau traitement possible

Publiée dans la prestigieuse revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), cette découverte représente un grand pas en avant dans la lutte contre le cancer, et notamment le cancer du sein. En 2013, l’équipe avait tout d’abord découvert que la DDA (naturellement présente dans le corps humain) possédait des propriétés anti-tumorales mais n’était pas produite dans les tissus cancéreux. À sa place, une autre molécule de cholestérol, l’OCDO, était non seulement présente dans les cellules malades, mais favorisaient également leur prolifération. Grâce aux recherches, menées en collaboration avec Affichem – une Start-up spécialisée en biotechnologie médicale – l’équipe de recherche a pu conclure que la DDA avait la capacité d’empêcher la production d’OCDO, et donc la prolifération de la tumeur.

Vers le traitement du cancer du sein… mais également des autres cancers

Si la découverte réalisée par Marc Poirot et Sandrine Silvente-Poirot génère une véritable bouffée d’espoir pour les patients du cancer du sein, elle pourrait aussi être bénéfique pour les personnes atteintes d’autres cancers. « Cette étude peut également concerner des tumeurs réfractaires aux traitements, tels que le mélanome métastatique et la leucémie myéloïde aigüe. Le champ d’application s’ouvre donc sur d’autres cancers » déclare Marc Poirot.

Cette découverte, réalisée en seulement 10 ans, semble avoir déjà séduit les experts : selon Sandrine Silvente-Poirot, « les cliniciens sont déjà convaincus parce qu’ils ont vu les effets de la molécule, et ils savent qu’il y a une demande non satisfaite pour ces types de cancer. Ils sont très enthousiastes à l’idée de tester cette solution chez les patients ». La prochaine étape, à condition d’obtenir les fonds nécessaires, sera de valider les tests règlementaires (tels que les tests de non-toxicité des molécules) afin de commencer les essais cliniques d’ici à 2 ans.

Un meilleur diagnostic pour une intervention plus « personnalisée »

Désormais, avec le connaissance précise de ces cellules impliquées dans le développement du cancer du sein, un ciblage des patients pourra être opéré pour déterminer les plus aptes à bénéficier de cette thérapie. « Il faut que, dans la tumeur du patient, il y ait la cible de la DDA. Cette condition permettra de tester uniquement les patients qui présenteront les bonnes caractéristiques à ce traitement » indique Marc Poirot.

« En quantifiant la concentration d’OCDO ou de son enzyme productrice dans le corps des patients, on pourra connaître de façon très précoce les risques de développement du cancer. On pourra ainsi juger si une personne présente ces risques, diagnostiquer le cancer de manière anticipée et intervenir plus rapidement. De la même manière, si un patient produit trop peu de DDA, on pourra proposer une thérapie pour restaurer cette molécule en l’injectant comme traitement », explique Sandrine Silvente-Poirot.

La mise en place d’un protocole de traitement lié à la DDA pourrait ainsi aider toutes les personnes souffrant de cancer du sein dit « triple négatif », autrement dit les cancers les plus agressifs. Pour rappel, le cancer du sein provoque plus de 50 000 décès chaque année en France. Il est également la première cause de mortalité chez les femmes dans le monde.