Coursier à vélo, c’est le nouveau job à la mode ces derniers mois en France et dans la Ville rose. Un métier qui permet notamment de travailler librement et d’arrondir ses fins de mois tout en faisant du sport. Mais derrière cette vision idyllique, se cachent des conditions de travail précaires. Focus sur ces livreurs 2.0. 

Leurs vélos et leurs gros sacs à dos isothermiques ne passent pas inaperçus dans le centre-ville de Toulouse. Ces derniers mois, les coursiers à vélo travaillant pour la société britannique « Deliveroo » sont de plus en plus nombreux dans la Ville rose. Un an après l’arrivée de la FoodTech dans l’agglomération toulousaine, ils sont aujourd’hui près de 300 livreurs à sillonner chaque jour les rues toulousaines afin de livrer en moins de 30 minutes des plats de restaurateurs au domicile des particuliers. Il faut dire que l’offre d’emploi proposée par la société de livraison de repas à domicile sur son site internet semble alléchante. Pas de diplôme ni de formations requises, un emploi du temps flexible, des revenus complémentaires rapides et significatifs et la possibilité de faire du sport tout en travaillant, c’est ce qui a notamment séduit Lilian, 19 ans qui a fait de ce job de « biker » chez Deliveroo son activité principale depuis plus d’un an.

« Plusieurs fois, j’ai failli m’encastrer contre une voiture »

Si ce job de livreur semble, à première vue attirant, la réalité est beaucoup plus compliquée. En plus de posséder son propre vélo et de s’équiper d’un forfait avec une très bonne connexion internet, Lilian a du se créer un statut « d’auto-entrepreneur », une des conditions sine qua none pour intégrer l’entreprise. Pas de contrat de travail, le jeune homme travaille à son compte comme prestataire de services pour l’entreprise. Une manière pour la FoodTech britannique et d’autres entreprises (Uber, Take Eat easy, etc.) de s’affranchir des cotisations sociales et d’ainsi réaliser d’importantes économies chaque mois. Une pratique que dénonce Vincent Dumonteil, étudiant en Master de droit et ancien coursier pour la société Take Eat Easy (NDLR, la société a déposé le bilan fin juillet 2016) ancien concurrent de Deliveroo. « Le statut d’auto entrepreneur est précaire. Il ne permet pas d’avoir de solides garanties. Il faut se prémunir par une bonne mutuelle qui coûte cher, car c’est une activité où il y a des risques. » Les dangers sont effectivement nombreux, contraints de livrer rapidement les repas et de multiplier les courses pour s’assurer un salaire satisfaisant, les coursiers prennent parfois de nombreux risques et s’exposent aux incivilités de certains automobilistes.« Le risque d’accident est élevé sur Toulouse. Plusieurs fois, j’ai failli m’encastrer contre une voiture » déplore Vincent qui travaillait pour la société de livraison à domicile en complément de ses études. « En cas d’accident ou de vol de vélo, tout est à notre charge » précise Lilian. Privé du statut de salarié et donc des avantages relatifs au salariat (assurance chômage, mutuelle santé, congés payés et jours fériés etc..), les coursiers doivent souscrire au RSI (régime social des indépendants), la « sécurité sociale » des travailleurs non-salariés afin de bénéficier d’une couverture sociale. Un engagement qui a un coût non-négligeable et qui augmente en fonction des revenus.

« On peut très bien se retrouver avec une semaine avec 80h et celle qui suit avec seulement cinq heures »

Les inconvénients du statut d’auto-entrepreneur et de ce métier de coursier à vélo ne s’arrêtent pas là. Sans salaire minimum, ni horaires fixes, les semaines sont difficiles et incertaines pour Lilian. « Tous les mardis à une certaine heure, il y a un planning en ligne pour la semaine qui suit, qui s’ouvre et c’est là où on choisit les heures auxquelles on souhaite travailler. Mais, le souci, c’est que les 300 livreurs de Toulouse sont lâchés sur ce site un peu bancal qui a tendance à bugger. Par conséquent, si tu veux beaucoup travailler, il faut avoir une très bonne connexion internet pour avoir tous les horaires que tu souhaites. Donc, on peut très bien se retrouver avec une semaine avec 80h et celle qui suit avec seulement cinq heures. Ça devient compliqué, car si tu n’as pas les heures qu’il te faut, tu ne pourras pas payer ton loyer à la fin du mois. »

« C’est vraiment une activité précaire »

Pour le jeune homme, l’augmentation de nouveaux « bikers Deliveroo » ces derniers mois à Toulouse est l’une des causes de cette instabilité salariale. « Au début quand on n’était pas beaucoup et qu’il n’y avait pas beaucoup de commandes, le système était rentable. Maintenant, ça l’est beaucoup moins, car il y a beaucoup trop de livreurs ». Cette surpopulation de « coursiers » et ces conditions de travail précaires ont poussé Vincent à tout arrêter au bout de seulement deux mois. « Il y avait trop de coursiers et trop peu de courses disponibles. Et donc je gagnais peu. Sur le papier, c’est bien, mais en vrai, c’est vraiment une activité précaire. » Pour Lilian, le doyen des coursiers à Toulouse en matière d’expérience, l’aventure va également prendre fin dans quelques jours.« Je vis mes derniers instants. Je vais me trouver un autre travail un peu plus sérieux et concret. L’entreprise a beau nous dire que ça marche, mais quand je fais le calcul, je n’ai pas l’impression que c’est si rentable que ça. Puis je n’ai pas envie de finir comme les coursiers de Take Eat Easy qui se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain. Pour moi, ce métier de coursier à vélo est plus « un job étudiant » qu’un vrai emploi. »