À l’approche de l’élection présidentielle, les différents candidats commencent à sortir leurs affiches, clips de campagne ou logos, l’occasion pour le24heures.fr de lancer une série d’analyses. Avec Frédéric Delrieu, directeur de l’agence de communication Novo à Toulouse, nous allons décrypter, candidat par candidat, les éléments de langages ou iconographiques qu’ils utilisent. Première sur le grill : Marine le Pen.

Vous n’avez surement pas pu y échapper. Marine Le Pen a sorti en début de semaine son clip de campagne pour la présidentielle en se mettant en scène de manière quasi-hollywoodienne. Beaucoup moqué, détourné même, il en reste que la candidate d’extrême droite utilise un savant mélange d’éléments de communications réfléchis. Décryptage avec Frédéric Delrieu.

« Ce clip est un véritable appel au combat, analyse Frédéric Delrieu, c’est un discours guerrier qui s’adresse à un peuple opprimé, la majorité silencieuse ». Si cette vidéo interpelle, c’est surtout, car Marine Le Pen arrive à s’adresser au peuple français, rappelant avant tout qui elle est. Ou plutôt ce qu’elle veut bien montrer d’elle. Une femme, une mère, une Bretonne. « Rappeler qu’elle est une femme, montrer une photo de sa mère qui était très belle, faire allusion à ses enfants permet de faire entendre qu’elle sera là pour le peuple ». Là contre quoi ? Contre qui ? « Marine Le Pen, avec une musique anxiogène, qui va crescendo, aborde les sujets tels que l’Islam ou la malhonnêteté de ses adversaires. Elle prend alors une posture guerrière, elle se dit ainsi prête au combat, car elle veut défendre la France, qu’elle dit tant aimer », décrypte Frédéric Delrieu.

Inspiré du cinéma et … d‘Adolf Hitler

Le rôle de femme, de mère prend alors tout son sens, elle veut rassurer le peuple, lui montrer qu’elle sera là pour le défendre et pour ça elle n’hésite pas à cajoler les Français, les faire sourire pour qu’ils la suivent. « C’est la même sémantique que dans le film Braveheart quand Mel Gibson exhorte ses guerriers que même en étant plus faible ils peuvent gagner. Autre référence, on peut citer Gladiator, avec la scène du début où Russel Crowe fait rire ses soldats pour qu’ils donnent le meilleur d’eux même ou à la fin quand il gagne le cœur de la plèbe pour vaincre l’Empereur. Des allusions guerrières donc, comme aux plus sombres heures de l’Histoire. « Le point charnière entre les scènes où elle a ce côté rassurant et le passage à l’appel au combat se fait par la mise en garde contre le mensonge, en référence à François Fillon, ou contre l’Islam qu’elle met en opposition avec l’ordre. C’est typiquement le champ sémantique du fascisme, de la même manière qu’Adolf Hitler promettait de lutter contre les Juifs, ces gens qui possédaient tout alors que le peuple allemand souffrait. L’ordre, c’est le point central », explique notre intervenant, précisant que « tout est dit à demi-mot, comme lorsqu’elle parle de France durable. Il y a une référence à la durée, mais aussi à l’écologie qu’elle glisse de manière subliminale car elle sait qu’elle n’a pas de réelle légitimité pour aborder ce sujet ».

La dédiabolisation, encore et toujours

Principale quête de Marine Le Pen depuis qu’elle est devenue présidente du Front National, la dédiabolisation est bien évidemment une nouvelle fois très marquée. D’ailleurs, il n’y a nulle trace du nom Le Pen ou du Front National, juste un slogan Au nom du Peuple, qui est associé au très sobre Marine 2017. Un peu à l’image de l’utilisation de la rose bleu comme symbole. « La rose c’est le symbole de la France, de l’élégance, de la féminité mais surtout du Parti Socialiste et François Mitterand. C’est un véritable détournement qu’elle se permet car le PS est en train d’exploser. Elle permet d’adoucir le côté brutal du FN. Pour ce qui est de la couleur, le bleu s’imposait, en s’appelant Marine comme la couleur qui est celle de son parti elle possède un véritable outil marketing qu’elle n’hésite pas à utiliser », indique le directeur de l’agence Novo.
Dans son discours aussi, Marine Le Pen n’a qu’un but, faire oublier la violence de son parti en s’appuyant sur des mots et des problématiques qui concernent tout le monde. « Elle s’approprie le peuple avec un discours très rassembleur. Une grosse majorité des Français vient du peuple et ils se sentent de plus en plus oubliés par les élites. L’utilisation du champ lexical de la majorité silencieuse est très réfléchi, Donald Trump par exemple avait fait pareil. Les artistes, intellectuels ou autres membre de l’élite pensent relativement pareil, vivent dans le même monde, se disent qu’elle ne pourra pas passer et oublient le peuple et la majorité silencieuse qu’il représente », explique Frédéric Delrieu.

Marine Le Pen essaie de se débarrasser de l’étiquette du Front National mais internet à de la mémoire./photo: Blandine Le Cain

Une belle réalisation

Pour lui, »ce clip est très bien réalisé. On ne peut pas donner un programme en une vidéo, mais malgré tout, dans celle-ci, toutes les valeurs portées par Marine Le Pen sont mise en avant. Le seul bémol va être sur la scène du bateau, car personne ne tient la barre de cette manière, il y a une volonté de faire ressortir beaucoup de masculinité pour faire l’allégorie du capitaine qui maîtrise son navire même dans la tempête, c’est un classique du genre en communication », précise-t-il.
Et quand l’on voit les derniers sondages, force et de constater que la méthode de Marine Le Pen consistant à dédiaboliser son parti tout en s’adressant directement au Français sans révéler réellement ses intentions, est d’une efficacité redoutable.