Son nom et son visage ne vous sont probablement pas inconnus. Depuis maintenant 38 ans, Françoise Pujo, 65 ans, gère d’une main de maître l’institution « Chez Tonton ». De simple café de quartier à bar emblématique de la Ville rose, « Chez Tonton » a connu une véritable success-story. Celle qui détient également les bars de la Couleur de la Culotte et le Saint des Seins revient sur l’histoire de sa « seconde maison ». 

Comment est né le bar Chez Tonton ?

F-P : « C’est un concours de circonstances. Mon mari était un passionné de course automobile. On est venu à Toulouse le 4 février 1979 pour acheter un garage de voiture. On était jeune, on avait 24 ans à l’époque, on en a donc profité pour faire la fête. Pourquoi on est arrivé place Saint Pierre ? Je ne sais pas, c’est sûrement le destin. Au final au lieu d’acheter un garage, on a acheté un bar.  À l’époque, c’était un vieux café de quartier. Rien à voir avec maintenant. De ce temps, le quartier n’était pas du tout le même. Il y avait un hôpital militaire en face, il y avait des petits vieux qui jouaient à la pétanque et aux cartes. Mais également pas mal de semi-voyous comme des proxénètes. Et puis petit à petit, on a rajeuni la clientèle et on a souhaité travailler avec des jeunes puisque la fac du Capitole était située juste à côté de notre enseigne. »

Comment a évolué la clientèle au fur et à mesure des années ?

F-P : « Chez Tonton, il y a un peu de tout, c’est un mélange. C’est un melting-pot de tout. C’est populeux, il y a toutes les classes et tous les milieux. C’est ce qui fait aussi notre charme. Après la mentalité n’a pas évolué vu que c’est moi qui le tient le bar, la mentalité, je la tiens aussi (rire). Un jeune d’il y a 30 ans, c’est le même qu’un jeune d’aujourd’hui. Peut-être qu’il boit différemment, mais il ne boit pas plus. Les jeunes d’aujourd’hui boivent plus en peu de temps. Alors qu’avant, c’était sur la longueur. C’est dû à un changement de vie, maintenant tout est rapide. »

« Quand mes enfants viennent manger, on ne mange pas dans mon appartement, on mange Chez Tonton »

Qu’est-ce qui rend ce bar intemporel ?

F-P : « Souvent, je me le demande… Tout d’abord, j’essaie de prendre des serveurs qui sont vrais, qui me ressemblent, pas des serveurs bling-bling. Chez Tonton, c’est vraiment ma maison. Je mange là, je déjeune là. Comme j’habite au-dessus, je descends le matin en pyjama pour déjeuner ici. Quand mes enfants viennent manger, on ne mange pas dans mon appartement, on mange Chez Tonton. C’est un peu notre salle à manger. On a créé une certaine ambiance familiale. Tout le monde m’appelle Mamie. Même si c’est connu voire archi-connu, Chez Tonton, ça reste très familial. »

On a tous remarqué la jolie décoration du bar… même si on avait un peu trop bu./ Photo Camille Bigo

En 38 ans, la place Saint-Pierre a beaucoup évolué, cela a eu un impact positif sur la fréquentation de votre bar ?

F-P :  » Oui et non. Je ne sais pas si c’est de la nostalgie, mais moi, je n’aime pas l’actuelle place. Avant, c’était un boulodrome avec des vieux bancs en bois. Tu pouvais venir faire ta pétanque, c’était beaucoup plus familial. Maintenant, je ne trouve pas ça jolie. C’est propre certes, mais toutes les places sont comme ça, c’est un peu aseptisé. »

Aujourd’hui, vous êtes toujours là à contrôler la boutique ?

F-P : « Chaque affaire que je détiens a son responsable avec des personnes qui me ressemblent. Mais, je suis toujours là pour contrôler. C’est beaucoup de responsabilités mais j’aime bien être là. C’est pas évident d’être tout le temps en osmose. Mais, il ne faut pas que je débranche par rapport aux jeunes. J’aime bien avoir la main mise sur le contact avec les jeunes. Si je ne suis pas malade, je pense que je mourrai derrière mon comptoir. C’est une image car ça fait longtemps que je n’ai pas servi (rire). »

Vous avez déjà eu la chance d’accueillir des célébrités Chez Tonton ?

F-P : « Oui, le plus important, c’est Michel Rocard, Premier Ministre sous François Mitterand et ancien secrétaire du Parti Socialiste. Après je ne compte pas les rugbymans, ce ne sont que des joueurs de rugby, ce ne sont pas des prix Nobel, faut pas exagérer (rire). J’ai même un habitué qui est Préfet. »

Ces dates qui ont marqué Françoise Pujo :

Dossier réalisé par Camille Bigo, Matthieu Mountels et Enzo Rousseau.