Situé en plein centre-ville de Toulouse, le quartier Arnaud-Bernard est victime d’une assez mauvaise réputation liée à une prétendue insécurité. Pourtant, plusieurs associations œuvrent pour changer cette idée au travers d’une solidarité extraordinaire qui pousse aussi les riverains à se rencontrer, à échanger pour maintenir un lien social.

Théâtre, ateliers artistiques, soutien scolaire, concerts, aide à la personne, bar solidaire. Dans le quartier Arnaud-Bernard, les structures associatives ne manquent pas. Tout comme la volonté de ses habitants de changer l’image, négative, que renvoie ce secteur pourtant situé à dix minutes à pied du Capitole. Autrefois connu comme étant un petit village où tout le monde se connaît, le quartier Arnaud-Bernard est victime depuis plus de deux décennies d’une réputation douteuse dans laquelle régnerait insécurité et dealers. Pourtant, si l’on ne connaît pas les lieux, la première impression va plutôt être celle du calme, car bien que situé dans l’hyper-centre de la quatrième ville de France, le quartier semble être coupé du tumulte de la ville et surtout de la route. « Pourtant, il y a une réelle désaffection que ce soit des gens extérieurs au quartier, mais aussi du côté des femmes, très peu présentes. Le trafic de drogue en serait une des principales explications, mais, bien que conscient de la mauvaise image que cette activité donne, les habitants voient un certain acharnement. Il n’y a pas forcément plus de criminalité ici qu’ailleurs », explique Mireille* qui travaille dans le quartier depuis 4 ans et qui préfère garder l’anonymat. « C’est juste que dès qu’il arrive quelque chose ici, c’est tout de suite médiatisé. Il y a une différence entre la réalité et le ressenti. Oui des rassemblements de jeunes aux airs agressifs, je comprends que ça puisse faire peur. Le problème est que cela donne aussi un sentiment d’insécurité et ça occulte la réalité de ce quartier », regrette-t-elle.

Le théâtre pour réunir

Ainsi stigmatisés, les riverains ont commencé à se replier sur eux-mêmes et à se détacher de la vie du quartier. Mais sous l’impulsion d’un comité de quartier dynamique proposant des activités entre habitants, une certaine solidarité basée sur l’échange s’est créée. Problème, quand celui-ci a commencé à avoir des difficultés pour poursuivre ses activités, c’est la vie même du quartier qui s’est retrouvée menacée alors qu’il était de plus en plus déserté. C’est dans ce genre de moment que le rôle des associations peut être le plus efficace puisque plusieurs cherchent à maintenir le lien social et à aider Arnaud-Bernard. Situé dans une cour intérieure, aux côtés du restaurant, La Kasbah – qui est propriétaire des lieux – le théâtre Le Fil à 

Le théâtre Fil à Plomb dans la cour du restaurant La Kasbah./photo: Alan Bernigaud

Plomb n’est pas un lieu comme les autres. Il est un véritable acteur majeur de la vie culturelle du quartier. « L’âme de ce théâtre, c’est sa programmation, oui bien sûr, mais aussi tout ce que l’on défend au travers des pièces ou encore la volonté de réunir les gens », commence Sophie Trible-Anselme, coordinatrice du théâtre. « Nous sommes engagés sous deux formes. Engagé dans un premier lieu, par rapport au niveau de la réflexion civique avec des sujets comme la GPA ou la consommation de drogue comme sujet. Puis, engagé dans un second lieu avec la volonté d’amener de l’humain et de l’échange à ce quartier. On a pour rôle de désacraliser le théâtre en organisant des évènements, des expositions ou des ateliers avec d’autres associations pour que les gens viennent, osent entrer et surtout, discutent avec les personnes autour d’elles pour créer un lien », précise-elle. Le Fil à Plomb passe donc par la culture et son théâtre pour faire venir les habitants dans un lieu où ils n’auraient pas forcément mis les pieds tout en participant à la vie du quartier avec l’apport régulier de personnes extérieures à Arnaud-Bernard venant assister à des représentations.

L’art, un pont social entre les générations

Visant toutes le même but, les associations du quartier ont décidé de proposer des activités en commun pour renforcer la cohésion sociale entre habitants. Ainsi, l’association Archipel propose des expositions d’art, des petits concerts ou ateliers d’arts plastiques ouverts à tous, sans restriction d’âge. « Le meilleur moyen pour réunir les gens, c’est de les rassembler et l’art est un bon outil. Ici même les handicapés ou les personnes âgées sont acceptés et mélangés sans condition, ce qui est trop rare de nos jours », expose Marie-Jeanne Dumas, la responsable de l’Archipel. « On est ouvert à tous, enfants comme personnes âgées. Quand plusieurs générations travaillent ensemble, c’est beau tout simplement » poursuit-elle, avant d’être

L’association Archipel propose des ateliers d’arts plastiques./photo: Alan Bernigaud

complété par Anmarie Lameiras, bénévole de l’association : « ce brassage entre enfants, actifs et personnes âgées permet d’éviter le cloisonnement. Le lien social se fait tout seul, par la rencontre quand on échange sur la création de son voisin, on s’ouvre, on échange et on essaie de se mettre à la place de l’autre, de réfléchir comme lui ».

L’association Archipel qui organise de nombreux ateliers ou évènements travaille aussi main dans la main avec une autre association de la place, une conciergerie de quartier, Allo Bernard. « Il y a deux ans, une association qui venait en aide et qui soutenait les habitants d’une résidence pour senior a du cesser son activité. Une personne était allé voir le comité de quartier pour alerter sur la situation et a alors été créé un service pour leur éviter l’isolement, une espèce de travail de conciergerie avec des visites ou des petits coups de main comme du bricolage sur des travaux ne demandant pas de qualification », indique Vincent Lopes, employé par Allo Bernard. « On s’est dit qu’il fallait développer en employant des gens du quartier

Le local d’Allo Bernard, en plein milieu de la place Arnaud-Bernard./photo: Marine Andrieu

pour aider d’autres habitants du quartier afin de créer un lien social. On a trois types de clientèles, des entreprises, les habitants et les seniors. On est l’interlocuteur pour dynamiser le quartier, en travaillant avec des acteurs de tous Toulouse, des espaces de co-working, des maraichers, des restaurateurs ou encore des écoles primaires », précise-t-il. Le but ? Recentrer sur un territoire les flux pour le redynamiser et à l’avenir embaucher des riverains afin de créer un cercle vertueux. Au niveau de la vie associative, Allo Bernard cherche à valoriser le quartier et à maintenir un élan citoyen afin « de créer un microcosme », décrit Vincent Lopes.

La volonté de redorer l’image de ce quartier mal-aimé pousse les riverains à s’investir dans la vie associative en participant aux évènements créés par le Fil à Plomb, Archipel, Allo Bernard, mais aussi le comité de quartier, la municipalité qui œuvre sous l’impulsion de Julie Escudier, maire du quartier, mais aussi les bars associatifs tels que La Maison Blanche ou Tamer. Faisant ainsi d’Arnaud-Bernard un quartier à part, où les riverains vivent comme dans un village et où la solidarité est le principal élément de maintien de cohésion sociale.

* prénom changé