Depuis quelques années maintenant, la photographie d’exploration connaît un certain engouement. Vous connaissez certainement cette discipline artistique sous son autre nom, plus populaire : l’urbex. Tekprod, un explorateur toulousain, à la fois rêveur et nostalgique, nous fait plonger dans son monde riche en émotions. 

Emmanuel Tecles, alias « Tekprod« , expose actuellement ses photos au Taquin, à Toulouse. Et pourtant, ce prof’ d’EPS n’était pas destiné à faire de la photographie d’exploration.
Ce « vieux d’la vieille », âgé de 35 ans, a commencé ses explorations il y a plus de sept ans. Autodidacte, il a appris sur le tas, au fil des années. Et aujourd’hui, son expérience fait de lui un photographe de qualité. Son style, fortement lié à son âme d’artiste, se démarque des autres, ces autres explorateurs qui sont désormais bien nombreux. « C’est la création qui me plaît, je ne suis pas à la chasse aux spots, ma passion c’est de faire des photos artistiques ». Le goût de l’aventure et du voyage, il l’a toujours eu. Et l’exploration urbaine est un jour rentré dans sa vie, un peu par hasard, « je visitais la gare de Canfranc, dans les Pyrénées. Je me trouvais là, dans ce lieu monumental, et j’ai eu un déclic ». Tekprod développe son goût pour le patrimoine, et l’architecture. C’est un passionné d’Histoire et d’histoires. Il se décrit plutôt comme quelqu’un de nostalgique, un rêveur qui « essaie de toucher du doigt un passé oublié ». L’artiste est indéniablement attiré par la poésie qui se dégage de ces lieux. « J’aime particulièrement les pianos et les escaliers. Je trouve que ça montre la richesse du lieu, et on s’imagine la vie qu’il y avait là, avant ».

Suite à cette découverte, ce créatif enchaîne les explorations urbaines et découvre des dizaines et des dizaines de lieux. Des maisons, des châteaux, des hôpitaux, ou des églises, au travers de nombreux pays : la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, la Pologne, l’Italie, ou la Hongrie.

Une discipline (trop) populaire

Mais, victime de son succès, l’exploration urbaine, « c’était quand même mieux avant ». La discipline semble devenir un phénomène de mode, et cet engouement ne plaît pas vraiment à Tekprod, « il y a quelques années, on était une centaine en France, on se connaissait presque tous. Aujourd’hui c’est terminé. Tout le monde fait de l’urbex, tout le monde se passe les spots. C’est la dérive, le vice du truc. Je n’ai pas envie de me faire devancer, parce que j’aimerais pouvoir continuer à m’exprimer ».
Dans le milieu, on peut dire qu’il y a certaines règles de base, « du bon sens », même si ces règles sont bafouées par certains « urbexeurs », « on ne donne pas le nom des lieux pour les préserver, éviter que des choses soient cassées ou volées. Je ne rentre jamais par effraction, je suis déjà tombé sur des lieux intéressants mais fermés, et j’ai fais demi-tour ».
Puis, comme il le rappelle, l’urbex présente aussi des dangers, et avec le nombre d’explorateurs qui augmente, celui des accidents monte aussi, notamment chez les jeunes.

Pourtant, si cette popularité dérange Tekprod, ça ne lui empêche pas d’aimer travailler à deux. Il part souvent avec d’autres explorateurs, comme Aurélien Villette. Non pas pour partager ses adresses, mais partager une passion et faire des photos ensemble. Mais aussi pour la sécurité, et le côté économique. « C’est très épuisant, je pars en voiture pour chaque voyage, car il faut pouvoir être autonome lorsqu’on part en exploration. Et je peux faire 600-800 km par jour pour visiter plusieurs lieux. Il faut être prêt à dormir dans une tente, même en hiver, se lever à 4 heures du matin,… ». Mais pour ce prof’ d’EPS, les efforts sont toujours récompensés.

L’émotion, fil rouge de la photographie d’exploration

Préférant rester loin du phénomène « urbex », Tekprod n’oublie pas ce pour quoi il explore : l’émotion, l’ambiance, l’histoire d’un lieu. « J’ai beaucoup aimé visité les hôpitaux psychiatriques en Italie. Avec tous ces objets, on sent une ambiance étrange, on sent la dureté du passé qui imprègne le lieu. Dans certains châteaux, on perçoit la prestance de l’époque, une richesse perdue, la fin d’une époque. C’est très riche en émotion, c’est l’essence même de l’exploration urbaine ». Et il n’y a pas que les hôpitaux ou les châteaux, « j’étais dans une maison une fois, et j’ai fais tombé une fiole de parfum, le parfum de quelqu’un. Plus tard, j’ai fais des recherches et j’ai découvert que la famille de cette maison était décédée dans un accident de voiture. C’est très déstabilisant, on imagine la vie qu’il y avait avant ».

Pour renforcer ce contraste entre l’histoire passée et le présent, Tekprod met en scène des femmes pour ses clichés, accentuant la poésie du lieu, « maintenant je prends en photo des mannequins dans ces décors parfois fantastiques. Je suis un grand fan de Tim Burton, et la photo avec modèle rejoint cet univers. C’est réellement un moyen pour moi de me démarquer ». Et il ne s’arrête pas là, avec des projets différents. Tekprod s’exprime aussi au travers de vidéos, de livres, ou d’expositions.

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Un poète, un rêveur, un artiste nostalgique qui part à la recherche d’un passé oublié. Un hommage à tous ces lieux pleins d’émotions, marqués par la vie et l’abandon. C’est ça Tekprod, une passion étrange et fascinante.

Exposition à Toulouse, au Taquin,  jusqu’au 4 février. Puis au bar Le Barboteur dès la mi-février.