Raphaël Poulain est triple champion de France avec le Stade Français. Il a vécu de plein fouet une fin de carrière non préparée. Désormais, l’ancien trois-quarts centre sensibilise les jeunes joueurs aux écarts qu’il a pu commettre et qui lui ont coûté sa carrière. Pour qu’ils ne connaissent pas l’enfer dont lui est revenu.

« Quand j’étais Superman« . C’est le titre de l’autobiographie de Raphaël Poulain. Il l’a écrite en 2010 pour raconter l’envers du décor du rugby professionnel. C’est aussi le sentiment qu’il avait lorsqu’à 20 ans, Raphaël Poulain est devenu rugbyman professionnel. A cette époque, deux clubs dominent le rugby français : le Stade Toulousain et le Stade Français. C’est dans le deuxième qu’il va devenir l’un des plus grands espoirs de la balle ovale. Le club est exposé médiatiquement de par ses résultats, mais aussi de par la volonté de son président Max Guazzini, de donner une grande visibilité à ses joueurs. C’est à cette période, dans les années 2000, que naît le calendrier des « Dieux du stade ». Raphaël y posera. Mais finalement, l’espoir qu’il représente ne confirmera finalement pas sous l’autre maillot bleu, celui de l’équipe de France.

Solitude

« A 20 ans, on n’est pas préparé à vivre de telles choses. On nous appelait les Espoirs du siècle. Cela fait forcément tourner la tête. C’est un fantasme que l’on essaie de te faire réaliser« , explique le désormais comédien. « On tombe alors dans l’excès. L’excès de la musculation, de fêtes aussi, l’excès de tout. J’ai ma part de responsabilité dans cette histoire« , se remémore Raphaël Poulain.

Raphaël lors d’une de ses conférences./ Photo RP

Sur le terrain, cela va beaucoup moins bien. Raphaël enchaîne les blessures physiques. Une autre blessure encore plus intense vient se rajouter : elle est psychologique. « Mon entraîneur de l’époque, Fabien Galthié, est venu me voir un jour. Et il m’a dit que je n’avais pas le niveau pour évoluer avec le Stade Français« , se souvient Poulain. Un traumatisme dont le joueur de rugby qu’il était ne s’est jamais remis. L’homme, lui, a bien changé.

« Le retour à la réalité est vraiment très dur. C’est un vrai choc, et c’est là où commence les emmerdes. On nous claque la porte au nez. L’argent n’est plus là. Je me retrouve avec un RSA. Il faut se réhumaniser. Lorsqu’on est sportif de haut niveau, c’est une sorte de monde parallèle. D’ailleurs, les médias ne montrent que 90% de la vie des sportifs. On les glorifie lorsqu’ils sont en activité, on les laisse seul lorsqu’ils ont terminé leur carrière« , regrette Raphaël Poulain. Il assure cependant que sa famille et ses amis du rugby lui ont apporté un gros soutien, ne l’ont jamais lâché.

« Gladiateurs »

« Les rugbymen sont devenus des gladiateurs, on ne montre que leur gloire. Il y a une certaine omerta sur ces blessures mentales. Les fameuses valeurs que ce sport véhiculait ont presque été oubliées. Alors que c’est ce sport qui m’a forgé en tant qu’homme« , peste encore R. Poulain.

Raphaël Poulain s’est ensuite reconstruit, notamment grâce à la philosophie. Il écrit son histoire en 2010, dans un livre intitulé « Quand j’étais Superman« . Puis enchaîne avec des conférences. Il va notamment auprès des jeunes rugbymen. C’est dans ce cadre qu’il intervient au Centre national du rugby (CNR) de Marcoussis (voir vidéo). C’est Fabien Pelous, ancien capitaine du XV de France (117 sélections) qui le sollicite.

« Mes interventions sont une sorte de passation, explique Poulain. Je parle d’amour, de sentiments, de valeurs humaines. De choses qui touchent vraiment les jeunes que j’ai en face. Ils sont d’ailleurs plutôt content que ce ne soit pas un vieux de 60 ans qui leur raconte tout ça ! (rires). Je pense qu’ils sont plus attentifs et que le message passe« , se félicite-t-il. Poulain a réalisé une soixantaine de conférences au total. Il ne se cantonne pas qu’au milieu du rugby. Il était par exemple il y a deux semaines à Albi où il est intervenu auprès de classes de terminale.

Si les choses évoluent, et que le syndicat des joueurs Provale tente d’aider les rugbymen en reconversion,  Raphaël Poulain reste vigilant quand à d’éventuels joueurs laissés dans l’errance solitaire. Et il prévient : « Tant que des jeunes exploseront comme j’ai pu exploser, je ne fermerai pas ma gueule. Le monde du rugby ne doit pas délaisser l’humain. »

La couverture de l’autobiographie de Raphaël Poulain./ Photo RP