Situé au Sud-Est de Toulouse, le quartier de Montaudran connaît depuis quelques années une profonde mutation. Une modernisation spectaculaire, mais qui va peut-être un petit peu trop vite, tous les éléments de la vie d’un quartier n’étant pas encore présents.

Rénovation d’un quartier historique

Haut lieu de l’aviation et véritable symbole de réussite pour la Ville rose au XXe siècle, le quartier de Montaudran a beaucoup souffert du départ progressif des activités aéronautiques vers le nord de la ville et sur les communes de Blagnac et Colomiers. Depuis plusieurs années, la municipalité de Toulouse a décidé de changer du tout au tout le quartier, voulant exploiter l’ancienne piste d’atterrissage et ses environs. Pour cela, un ambitieux chantier est mis en place avec pour point d’orgue la création d’une immense halle destinée à accueillir un espace dit de mémoire de l’aéropostale. Dans cette halle au toit en forme d’ailes d’avion, près de 150 machines mécaniques seront exposées pour le plus grand plaisir des amoureux d’aviation.
Le bâtiment est aujourd’hui encore en construction et son ouverture est prévue pour l’année

L’ancienne piste de l’Aéopostale abandonnée depuis 2003 se trouve aujourd’hui au coeur des travaux de rénovation de quartier./photo: Alan Bernigaud

prochaine. Il jouxte la fameuse piste qui a servi pendant tant d’années à faire décoller les avions de pilotes aussi célèbres que Jean Mermoz ou Antoine de Saint-Exupéry, qui lui ont laissé le nom de Piste des Géants. Laissée à l’abandon après le départ d’Air France en 2003, la piste était devenu un vulgaire terrain vague, loin de son lustre d’antan. Aujourd’hui, une bonne moitié de celle-ci a été refaite à neuf et est bordée de dizaines d’immeubles modernes et aux couleurs vives qui tranchent dans ce quartier bloqué entre la rocade et les lignes de chemins de fer menant à la gare de Montaudran. Plus de trois hectares de cette Piste des Géant sont consacrés à la création (actuellement en cours) d’un jardin un petit peu spécial puisque les centaines d’arbres qui seront plantés à terme auront la tâche de représenter trois continents.

 

En effet, durant les belles heures de l’aéropostale, les pilotes décollaient de Toulouse pour rallier Santiago du Chili via l’Espagne, le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, le Brésil, l’Uruguay, l’Argentine et le Chili. Ainsi, les arbres, venus de chacun de ces pays, feront voyager les piétons qui emprunteront ce Jardin de la Piste tout en ayant une pensée pour ces illustres pionniers des airs. Avec l’arrivé de plus d’un millier d’habitants dans les nouveaux immeubles construits, des espaces culturels, mais aussi des écoles font leur apparition petit à petit dans un quartier déjà relativement peuplé par des jeunes en raison notamment de sa proximité avec l’Université Paul Sabatier.

Depuis l’arrivée des nouveaux habitants de ce quartier en pleine mutation, plusieurs questions sont apparu, donnant une nouvelle réalité aux lieux. En effet, la – déjà forte – population estudiantine a augmenté au fil des livraisons d’immeubles, tout comme les actifs travaillant dans l’une des nombreuses entreprises présentent à Montaudran. Problème, ces deux catégories de population se trouvent sur les bancs de la fac ou au travail la journée, donnant au quartier une vague impression de ville morte, avec très peu de piétons dans les rues la journée.

Une cité dortoir

« Cet endroit est ni plus ni moins qu’un quartier dortoir », affirme le gérant d’une supérette. « Ils sont en train de faire de ce quartier un ghetto, il n’y a rien à faire ici. Si on veut sortir le soir il n’y a pas de bar et pourtant, il y a des jeunes de partout. Il faut prendre le bus pour aller dans le centre, mais la nuit, ils ne circulent pas et tout le monde n’a pas les moyens de se payer un taxi pour rentrer. »

Les travaux du Jardin de la Piste se poursuivent. En fond, les nouveaux bâtiment du quartier./photo : Alan Bernigaud

Ce manque d’attractivité est confirmé par Carole, boulangère dans la même rue : « il n’y a que très peu de commerces dans le coin, juste la supérette, une pharmacie et notre boulangerie. On ne trouve même pas de tabac ici par exemple, il n’y a pas beaucoup de commerces en réalité. Après les affaires marchent, surtout le midi avec tous les étudiants ou les travailleurs qui viennent manger », témoigne-t-elle.

 

Et ce manque de vie dans le quartier est confirmé par Franck Samba, producteur de musique sous le nom de Mr le Baron. « Ici, il y a plein de jeunes dont pas mal d’artistes. Pourtant, il n’y a rien ici. C’est dommage, ici, on ne demande qu’à mettre le quartier en avant, mais on n’a pas beaucoup de contact avec la mairie, on dirait qu’elle botte en touche. Pourtant, il y aurait de quoi faire comme un marché le soir sur la Piste ou la création de lieu culturelle et des bars pour sortir », regrette-t-il.

Dernier problème et non des moindres, les places de parking se font rare dans le nouveau quartier de Montaudran. « Il n’y a jamais de places, on est obligé de tourner pendant des heures à chaque fois », confie Juliette qui est arrivée il y a deux mois. « J’ai une voisine handicapée, avec un macaron spécifique dans sa voiture, qui n’a même pas réussi à obtenir une place handicapée. Du coup, je lui ai laissé la mienne sans problème, mais ce n’est pas normal », s’insurge un habitant qui a souhaité rester anonyme. « Le problème, c’est que c’est le promoteur immobilier, Kaufmann et Broad, qui est en charge de cela et la mairie ne peut pas faire grand chose » tient-il à préciser.

Le nouveau quartier de Montaudran qui est en train de se dessiner autour de la Piste des Géants est donc une véritable ville dans la ville qui connaît une expansion impressionnante, mais qui se retrouve ainsi confronté à certains problèmes visiblement imprévue. Toutefois, parmi les habitants rencontrés, peu doute, qu’à l’avenir et avec la fin des travaux, ces problèmes disparaitrons d’eux-mêmes.