15 ans que l’usine AZF a explosé, 15 ans que le drame a eu lieu. Certains endroits proches en portent encore les séquelles, des séquelles visibles : un mémorial, sur quelques mètres, ou un vide béant, sur des hectares. Mais le vide, en soi, ça se remplace, il suffit de construire dessus. C’est le cas de l’Oncopôle, construit sur l’ancienne zone AZF. Cependant, d’autres traumatismes, plus profonds, et plus difficiles à chasser, se sont aussi invités dans le paysage.

11 heures 30, Porte Sud les Arches, un quartier d’affaire qui semble vivant… en apparence. En effet, il suffit de regarder autour de soi quelques secondes. Çà et là, des panneaux de promoteurs et autres commercialisateurs. À vendre, des bureaux, des surfaces de 100 mètres carrés, 500, quelques fois. La cible, tout type d’entreprises. Mais depuis l’inauguration du quartier, il est clair que ça ne mord pas, les poissons se font rares.

L’entrée du quartier Portes Sud les Arches annonce la couleur, les bâtiments qu’ils renferment sont loin d’être pleins./Photo MM

Des bâtiments sans âmes qui vivent

Certaines boîtes aux lettres n’indiquent aucun emplacement d’entreprise./Photo MM

Voilà donc le tableau, face à nous, cinq bâtiments, design épuré, sans doute agréables à vivre, où du moins, suffisamment pour travailler dans de bonnes conditions. Mais à l’intérieur, ce n’est pas toujours très peuplé.

Le bâtiment 4 est désert./Photo MM

Par exemple, le bâtiment 4 attire l’œil, aussi imposant que ses voisins, il ne semble accueillir absolument personne. Boîte aux lettres et panneau d’informations sans aucun nom d’entreprises, aucune lumière à l’intérieur, pas un mouvement. C’est un immeuble fantôme… Remarquez, le numero 5 ne peut pas non plus se targuer d’être bondé. Son seul dernier étage est occupé. Ainsi, les ascenseurs se baladent aux deux extrémités, sans jamais faire de pauses au milieu de leur route… Seules deux unités accueillent réellement un nombre acceptable d’enseignes, mais elles non plus ne sont pas complètes, des étages entiers ne sont pas attribués.

Même si certains endroits sont remplies, une grande partie des parkings souterrains sont vides./Photo MM

Et lorsque les passants se baissent un peu, pour effleurer du regard les parkings souterrains… Pas un chat… Une dizaine de voitures pour une centaine de places, grand maximum ! C’est bien simple, tout le parc automobile du coin semble se garer en surface. Une illusion d’optique de grande qualité, il semblait y avoir du monde…

Pourtant les offres sont là, sur la façade opposée, de grande pancarte, affichant le nom de plusieurs agences. Elles supplieraient presque les entrepreneurs de faire confiance aux lieux. Du côté des commerces, l’impression donnée est tout aussi stupéfiante, à peine une demi-douzaine de boutiques et lieux de restauration sont présents. Certains locaux y sont aussi à vendre. Tout sembler être bâti pour que ce lieu soit un moteur, si ce n’est pour la ville, au moins pour la zone, mais rien n’y fait, la greffe n’a pas l’air de prendre…

Une zone maudite ? Pas facile de trouver une réponse…

Voilà 7 ans que cette zone a vu le jour, c’était en 2010. Aujourd’hui, le bilan est édifiant, à peine la moitié des structures sont aujourd’hui occupées par des entreprises actives. Les raisons qui ont provoqué ce désert sont quelque peu inexplicables, ou en tout cas difficiles à dénicher… Les quelques enseignes de commercialisation et de promotion que nous avons tenté de joindre se sont montrées assez évasives…

Compliqué alors d’élucider le mystère. Est-ce que le spectre d’AZF y est pour beaucoup dans ce « dégoût » que semble renvoyer un quartier qui se bat pour perdurer ? Est-ce encore plus profond ? La crainte que le site Seveso, situé à proximité, ne replonge la zone dans des heures sombres ? Est-ce, tout simplement, une mauvaise tactique de construction, de redynamisation, ne correspondant pas aux souhaits des entreprises qui auraient pu être intéressées ? Des hypothèses, difficiles à prouver…

 

 

Retrouvez le reste du dossier, sur le 3e procès AZF et sur le casse-tête des sites Seveso, sur le 24heures.fr.