Alors que le nombre de violences urbaines en Algérie ne fait que croître, un cachet appelé « madame courage » par les jeunes fait fureur et pourrait être une des explications de cette violence. Une violence perpétrée par des individus de plus en plus jeunes créant des affrontements de plus en plus spectaculaires… 

Ces cachets à base d’Artane servent à soigner la maladie de Parkinson. Ils ont pour effet de faire perdre connaissance de la réalité, diminuant de 80 % les capacités de jugement et de détruire tous souvenirs sous l’emprise de la drogue. « Madame Courage » est donc une sorte de catalyseur de la violence  pour les jeunes des quartiers populaires, qu’ils mélangent à de l’alcool et les galvanisant de violence, leur donnant l’illusion d’être « invincible », les poussant à commettre des agressions et des meurtres. 

 « Je prends de l’Artane pour avoir du courage et me sentir fort. En prenant ma dose de comprimés, je peux faire n’importe quoi, sans même m’en souvenir» expliquait Hamid, un jeune de Bab El Oued une commune d’Alger, au quotidien algérien El Watan. 

L’Artane au coeur de crises plus graves


Il semblerait que la violence causée par « Madame Courage » ne date pas d’aujourd’hui. En effet, dans son livre « La Sale Guerre », Habib Souaïdia ancien sous-lieutenant des forces spéciales de l’armée algérienne décrivait des scènes où ses anciens collègues consommaient « Madame Courage » avant des massacres de civils, et oubliaient tous leurs crimes quelques heures après. «  Leurs yeux étaient brillants et injectés de sang,… quand ils étaient dans cet état, ils pouvaient tuer n’importe qui sans même se rendre compte de ce qu’ils faisaient. » décrit Habib Souïadia dans un passage de son livre. 

Les assaillants du massacre du village de Benthala (qui fit environ 400 morts) étaient également sous l’emprise d’Artane, dans son livre « Qui a tué à Bentalha ? », Nesroulah Yous, un des rescapés du massacre décrit des ceintures de seringues et des sachets de poudre sur les cadavres des assaillants. 

Quoi qu’il en soit, Madame Courage a joué un rôle non négligeable dans la « décennie noire », selon  Habib Souaïdia le ministère de Défense Algérienne commandait de l’Artane en grande quantité aux laboratoires suisses Sandoz pour ses soldats, à laquelle la plupart sont encore accros aujourd’hui. 


La crise sociale, une des causes de ces violences 

Il faut rappeler que le chômage de masse chez les jeunes a un rôle dans cette violence. En effet, 29, 7 % des Algériens de 16 à 24 ans étaient au chômage en avril 2017, constat d’une économie algérienne en panne qui ne crée pas d’emplois pour les jeunes, mêmes récemment diplômées.

La ghettoïsation des quartiers en périphérie des grandes villes, conséquence de la guerre civile, joue aussi un rôle dans la précarisation et pousse une jeunesse désespérée, se sentant oubliée, à tomber dans le trafic et la consommation de « Madame Courage », entraînant toujours plus de violences. 

A.B-E