Certains sujets restent tabous en France. Le sexe en fait partie : parler de sexualité est délicat dans encore beaucoup de foyers. Olivier est libertin et échangiste. Il a accepté de répondre aux questions de la rédaction du 24 heures pour nous aider à mieux comprendre ces pratiques.

Dans un premier temps Olivier, pouvez-vous nous expliquer le principe du libertinage, de l’échangisme ? Est-ce deux pratiques identiques ?

Il faut noter qu’il y a une différence entre l’échangisme et le libertinage. L’échangisme est une pratique du libertinage qui consiste à échanger de partenaires.

Le libertinage c’est un mot qui est établi pour regrouper plusieurs pratiques comme l’échangisme, le côte-à-côtisme (faire l’amour à côté d’autres couples) ou encore le mélangisme (qui induit l’interdiction de pénétrer quelqu’un d’autre que son ou sa partenaire). Le libertinage je le définis en disant qu’il y a autant de façon de « libertiner » que de libertins. Chacun s’adapte avec envies et ses désirs, finalement le libertinage c’est un terme générique. On peut être libertins et ne pas être échangistes. Tout dépend des règles que l’on se fixe au sein du couple.

Et vous alors, comment avez-vous connu ces pratiques ? 

J’ai commencé à fréquenter ce milieu parce que des amis m’y ont initié il y a à peu près vingt cinq ans. J’ai trouvé dans le comportement des gens à l’intérieur des établissements libertins, une ouverture d’esprit qui me correspondait, moins de mensonges. C’est un partage avec son partenaire. Ma partenaire a un penchant très bisexuel donc le meilleur moyen pour une femme de réaliser ses fantasmes bisexuels c’est dans ce type d’endroits.

Qu’est-ce que cette pratique vous apporte ?

Il y a de plus en plus de bisexuels aussi chez les hommes mais il n’y a pas que ça. C’est principalement le partage avec sa compagne. Et il ne faut pas oublier que ça permet aussi d’assouvir de vrais fantasmes masculins, comme avoir deux femmes. Voir deux femmes c’est un vrai spectacle, c’est la sensualité absolue, visuellement c’est très beau, surtout quand c’est sa chérie qui est dans l’action.

Et au sein de votre couple, des choses ont certainement changé ? 

Il faut imposer des règles lorsque l’on est libertins. Nous par exemple, ce n’est jamais l’un sans l’autre. On ne peut pas rencontrer des gens chacun de notre côté, on a à coeur de garder la notion de partage. Ensuite, on ne pratique pas le côte-à-côtisme. On préfère être tout les deux, on n’a pas besoin de s’exhiber. On est plus mélangistes à caractère échangistes. Donc il n’y aura pas de pénétration hors couple sauf évidemment si un bon feeling se crée avec un autre duo…

Il est important de toujours se dire les choses, d’utiliser la communication à outrance. Puis ça revient dans le quotidien : pouvoir se parler de tout sans tabou, sans se sentir jugé. Le jugement est un ennemi du libertinage.

Doit-on supposer que la jalousie n’existe pas dans votre relation ?

Non ! On associe juste le terme jalousie avec les sentiments. On aime quelqu’un, de ce fait on peut être jaloux de certaines situations. Le libertinage c’est un jeu et il faut que ça le reste. C’est un plus dans notre sexualité.

Fantasme, jeu et partage

À quelle fréquence allez-vous dans un club échangiste ?

On y va deux fois par mois à peu près, quand on a besoin de décompresser. Le libertinage c’est être dans le fantasme : si on le faisait tous les jours ça aurait moins d’attrait. On reste toujours dans cette discussion qui est sexuelle, à se projeter, puis passer le pas et ensuite en reparler derrière. Ça nous laisse dans une tension sexuelle importante pour nous. Quand la tension redescend, on remet ça.

Rencontrez-vous toujours les mêmes personnes ?

Les libertins forment une communauté, on rencontre forcément souvent les mêmes personnes, les mêmes couples.

Concrètement, comment se déroule une soirée libertinage ?

Nous avons l’habitude d’aller dans un club qui propose de manger sur place et donc d’arriver assez tôt. La plupart du temps, nous réservons une table. Alors soit on s’est donné rendez-vous sur un site de rencontres libertines avec un autre couple qui paraît être dans nos attentes (après avoir discuter préalablement avec eux sur le site), soit on se retrouve à plusieurs couples pour passer un bon moment, comme dans un endroit classique finalement. On mange, on boit un verre… Le week-end c’est très clubbing, ça permet de danser et de faire la fête comme dans une vraie boîte de nuit. La seule différence c’est que les filles sont sexy et qu’on garde le respect absolu auquel le milieu libertin est attaché. La femme est mise sur un pied d’estale, elle est adulée. Il faut qu’il y ait une harmonie, que ce soit glamour.

Et puis, il y a des « points câlins ». Ce n’est pas une obligation d’aller en club libertin et d’y faire l’amour ! Mais si on en a le désir, on peut y aller c’est à notre disposition.

Vous parlez de filles « sexy ». Pouvez-vous nous décrire les tenues des femmes ?

Comme pour n’importe quelle soirée, la femme prend un soin particulier à se préparer, en respectant une touche de sexy-glamour : des tenues achetées dans des boutiques spécialisées, des jupes très courtes, des bas apparents, de la dentelle, certaines femmes se baladent nues. Tout simplement parce qu’elles se sentent plus à l’aise juste habillées d’une paire de talons. Chacun vient chercher ce qu’il a envie dans le club, temps que ça reste dans le respect.

Utilisez-vous des accessoires ?

Personnellement, non. Mais certains couples viennent avec leur petite trousse plaisir. Je ne sais pas vraiment ce qu’il y a dedans mais j’imagine facilement des godmichets, du gel, des stimulateurs… pourquoi pas un godmichet-ceinture pour certaines femmes !

Un sujet encore tabou

Votre entourage a-t-il connaissance de vos pratiques libertines ? 

À 80%, oui. Je n’ai aucun problème avec ça. Ce n’est pas une maladie que d’être libertin, au contraire, c’est une véritable ouverture d’esprit ! Passer les portes d’un club libertin, c’est s’ouvrir à l’inconnu. Et c’est ça que certaines personnes ont du mal à faire. J’ai des amis que je connais depuis des années et qui ne savent pas que je suis libertin. Simplement parce que ça les choquerait. Ils ne connaissent pas, ils imaginent et quand on est dans l’imaginaire, on a tendance à penser le pire.

Mais personnellement, je préfère être libertin et partager ces expériences avec ma compagne plutôt que de la tromper comme le font certains de mes amis. Voir sa maîtresse deux heures avant de retrouver sa femme. Ils mentent, ils se cachent.

On est dans une société encore empreinte de religion forte, je pense. C’est le sexe donc c’est sale.

Qu’avez-vous prévu pour la Saint-Valentin ?

Nous dînons dans notre club habituel.

Seuls ou accompagnés ? 

(rires) Actuellement on discute avec un couple que nous avons rencontré à plusieurs occasions dans le club et qui va fêter la St-Valentin avec nous. On dîne tous les quatre et après… Après si tout va bien on ira peut-être un petit peu plus loin.