Elles ont choisi ce métier par vocation mais aujourd’hui, elles sont fatiguées. Sandrine et Véronique sont enseignantes depuis 3 ans à l’école élémentaire et maternelle de Borderouge Niboul. Nous les avons rencontré en marge de la manifestation des enseignants de ce mardi après-midi à Toulouse. Toutes deux nous évoquent le manque de moyens à la l’origine de la mobilisation mais aussi le manque de soutien des institutions et leur sentiment face à cette situation tendue.

Le 24 Heures : Comment se traduit, au quotidien, le manque de moyens que vous venez dénoncer aujourd’hui ?

Sandrine : Eh bien, c’est simple. Les moyens dont on dispose sont faibles par rapport aux besoins de nos élèves.

Le 24H : Vous pouvez nous donner un exemple concert ?

Sandrine : Bien sûr. Certains enfants nécessitent une aide pédagogique différenciée sur le comportement par exemple. Imaginez qu’un enfant pique une crise, on doit le tenir pour éviter qu’il blesse et qu’il ne soit blessé. Ensuite, pour l’aider à se calmer, on lui propose d’aller dans une salle dédiée juste à côté et on espère que ça s’arrange. Quand ce n’est pas le cas, il n’y a pas beaucoup d’options. Étant donné qu’il n’y a pas le personnel qualifié, on peut soit appeler les parents pour venir chercher l’enfant ou sinon on doit le garder et tâcher de gérer au mieux.

Véronique : Face aux élèves, on peut vite être débordés. Et dans ces cas-là, on est seuls.

Le 24H : Comment vous vous sentez face à ce manque de moyens ?

Sandrine :  Il y a des moments de découragement, c’est clair. On est face à des difficultés mais on n’est pas épaulés par les institutions. Nos élèves ont besoin d’une aide mais ils n’ont rien.

Le 24H : En tant que très jeunes enseignantes – toutes deux n’enseignent que depuis trois ans -, vous attendiez-vous à rencontrer de telles difficultés ?

Sandrine : Pas du tout. On fait ce métier par vocation mais la vocation ne fait pas tout. C’est compliqué de vivre ces situations et de ne pas avoir de soutien.

Véronique : Pour ma part, je ne suis pas spécialement surprise. Mais c’est vrai que le plus difficile sans le soutien institutionnel de rigueur.

Le 24H : Est-ce-que, face à ces situations de tension, des collègues à vous ont déjà été en arrêt de travail ?

Véronique : Non. Même quand on est malades, on vient pour ne pas impacter nos collègues.

Sandrine : Oui car quand nous sommes absents, notre classe est répartie dans les différentes classes de nos collègues. Vous imaginez une quarantaine de bambins en très bas-âge, seule et pendant plusieurs jours ?

Qu’est-ce-que l’on vous répond quand vous essayer d’exposer ces dysfonctionnement ?

Véronique : On nous dit qu’il n’y aura pas plus d’argent et de « lâchez prise » ! En gros, on nous dit de faire ce que l’on peut et de ne pas nous ruiner la santé pour le reste.

Le 24H : Le reste ? C’est-à-dire ?

Véronique : Oui, le reste. Les enfants aux besoins particuliers ou ceux que l’on juge difficiles.

Sandrine : L’égalité des chances s’arrête là où il n’y pas plus d’argent…