Pablo Neuman, 37 ans, est un des membres les plus expérimentés de l’équipe de France de rugby fauteuil avec laquelle il a participé aux Jeux olympiques de Londres (2012) et de Rio (2016). Pour le 24heures.fr, le joueur du Stade Toulousain Handisport revient sur ces expériences inoubliables.

Bonjour Pablo, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs du 24heures.fr ?

J’ai découvert le rugby fauteuil après mon accident de ski, où je suis devenue tétraplégique, en 2001, j’avais 21 ans. Lorsque j’étais en centre de rééducation en 2003, un ancien patient est venu me parler d’un nouveau sport qui avait été créé, mais qui n’existait pas encore en France. Il m’a dit que c’était un sport collectif et de contacts pour les tétraplégiques et que c’était génial. Vu qu’avant mon accident, j’étais étudiant en STAPS, je faisais énormément de sport et j’étais dégoûté de ne plus en faire. On a donc monté un club à Toulouse ensemble, car on voulait vraiment le pratiquer. On a été le premier club de ce type dans le pays et cela a pris de longues années avant que cela ressemble à quelque chose.

Vous avez participé à deux olympiades (Londres 2012 et Rio 2016), que représente pour vous les Jeux olympiques ?

Les Jeux olympiques c’est vraiment l’événement auquel tu as envie de participer une fois dans ta vie. S’il y a un truc à faire en tant que sportif, ce sont les JO. Dans toutes les disciplines, c’est la compétition la plus importante, où les résultats comptent le plus. Tout ce qu’il y a autour des JO, c’est aussi magique, comme être dans le village olympique avec les athlètes du monde entier et de toutes les disciplines. C’est la fête du sport. C’est totalement original par rapport à tous les autres événements de la vie d’un sportif. Faire des Championnats d’Europe ou du monde, cela n’a rien à voir avec les JO où tous les projecteurs sont braqués sur cet événement-là. Tu es au milieu d’un truc totalement hors du commun.

Que vous procure la sensation de porter le maillot de l’Équipe de France dans une aussi grande compétition ?

Tu sens que cela a encore plus de valeur. Comme tu as autour de toi des athlètes du monde entier, t’as encore plus envie de faire bonne figure et de représenter ton pays de la meilleure des manières. C’est vraiment beau de représenter ton pays sur cette compétition. Sur les JO tu es avec tous les autres sportifs de ton pays, même si on ne se connaît pas et qu’on se voit jamais, la délégation française est dans le même bâtiment. On se croise toute la journée, cela nous permet d’échanger sur les résultats et de connaître d’autres sportifs. Se retrouver dans un pays étranger au milieu de plein d’autres nations avec la délégation française et toutes les personnes qui portent les tenues de l’Équipe de France, ça renforce le sentiment d’identité française. Et ça c’est beau !

La participation aux Jeux olympiques est-elle l’aboutissement de votre carrière ?

Ma carrière n’est pas encore terminée, mais c’est sûr que cela fait partie de deux des plus belles expériences de ma vie de sportif. Mais par exemple aux JO, on n’a jamais fait de médailles. On a récemment gagné la médaille de bronze au Championnat d’Europe, ce qui représente la première médaille de l’histoire pour ce sport et cela reste un moment tout aussi particulier. On est arrivé à conquérir une médaille et à monter sur le podium et ça, c’est aussi très important.

L’Équipe de France de rugby fauteuil a terminé 8e en 2012 et 7e quatre ans plus tard à Rio. Quels sont les meilleurs souvenirs que vous avez gardé de ces deux compétitions ? 

À Rio, c’est surtout le côté colonie de vacances avec les copains. Se balader sous le soleil de Rio au Corcovado avec les équipements de la France, c’est quand même spécial. Sinon ce qui m’a vraiment marqué, c’est le match d’ouverture contre l’Angleterre à Londres et le dernier match de la compétition contre le Brésil à Rio. Lors de ces deux matchs, la salle était pleine, c’était totalement dingue ! Cela fait des années que je me bats pour que le handisport sorte de l’ombre et soit reconnue comme un sport à part entière. Et voir autant de personnes qui viennent assister à un spectacle sportif et ne pas voir des personnes handicapés, c’était super marquant.

Comment avez-vous réussi à gérer la pression pour cet événement planétaire ?

Bizarrement, j’ai la chance de ne pas être trop atteint par cela. Je ne sais pas comment ça se fait, mais je n’ai jamais de pression avant un match. J’ai toujours l’envie de bien faire, de gagner, de me dépasser et de repousser mes limites, mais je suis assez imperméable à ce qui se passe autour. Quand je suis en train de jouer, il n’y a plus que le ballon et mon rôle sur le terrain qui compte et je n’ai pas la pression pour le reste.

Au retour d’une telle compétition, ne ressentez-vous pas un vide et un manque d’adrénaline ?

Non, car j’aime ce que je fais. J’adore les compétitions avec l’Équipe de France mais je me régale aussi dans mon club avec les gens autour de moi, l’encadrement et les personnes avec qui je joue. Le club est devenu ma deuxième maison et ma deuxième famille. J’étais super content de retrouver les collègues en rentrant de mes deux olympiades, de leur raconter ce que j’avais vécu, de leur rapporter des cadeaux, d’échanger avec eux et de savoir comment ils avaient vécu les choses. À Rio, étant donné mon âge, j’ai été super vigilant pour emmagasiner un maximum de souvenirs, de profiter à fond et kiffer tous les jours. Je suis rentré avec ça et je l’ai gardé jusqu’à maintenant, j’ai encore ces souvenirs en tête. Ce n’est pas comme si c’était fini derrière moi. J’ai l’impression d’avoir gardé tout cela avec moi et pas de l’avoir laissé là-bas.

La médiatisation des Jeux Paralympiques est plutôt faible. Comment la jugez-vous en tant que participant à cette compétition ?

Je pense que c’est normal que ce ne soit pas encore complètement médiatisé. Ce n’est pas satisfaisant, mais cela est en train de changer et le handisport commence à intéresser les gens. Je sais que la médiatisation va mettre du temps. Ça fait son chemin, ça évolue et ça va plutôt dans le bon sens. Les médias font de plus en plus d’effort là-dessus et c’est en train d’aller vers la bonne direction.

 

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