L’humour en France génère beaucoup de débats depuis quelques années. À la question « peut-on rire de tout ? » beaucoup répondent que oui, mais pas avec n’importe qui, et d’autres répondent tout simplement que non. Il y a-t-il des sujets intouchables dans l’humour ? Nous sommes allés au Duplex à Toulouse voir une soirée mensuelle, la Toulouse Comedy Night pour tenter de répondre à cette question. 

Le Duplex est bondé de monde ce mercredi 7 février. Fabien, humoriste et organisateur de l’événement explique en riant qu’il a dû « rajouter un premier rang et même refuser des réservations ! » Pourtant la salle est assez étroite, les artistes se retrouvent donc à 30 centimètres du public lors de leur show. Pression supplémentaire. Mais c’est le jeu de la Toulouse Comedy Night : tester un spectacle de 8 à 10 minutes devant un public très proche qui ne vous connaît pas. Et beaucoup d’humoristes amateurs y passent. Mercredi soir, c’était quatre Toulousains et un Bayonnais qui se sont prêtés au jeu. De tout âge, tous amateurs, ils abordent des sujets qui leur sont propres, sous des tons différents et aucun ne se ressemble.

Des thèmes légers … jusqu’au glauque

Cinq artistes sur scène, ça permet d’en avoir pour tous les goûts. Certains abordent le thème du chômage de longue (longue) durée, d’autres leur éternelle galère avec les filles et certains vont un peu plus loin. On a même une comédienne qui explique la difficulté d’utiliser une coupe menstruelle sur scène, la comparant à un « viol » effectué par ses soins. Est-ce que ça choque ? Oui, mais le public est hilare. Pourtant, la blague arrive dans un contexte tendu autour des agressions sexuelles.

Il y a cependant un humoriste qui ne semble pas avoir de limite dans les sujets qu’il aborde. Son spectacle de 8 minutes, montre en main, tourne autour du politiquement incorrect, génère le malaise autant qu’il fait rire les spectateurs. Entre autres, il parlera des Femens, de l’avortement, de la pédophilie et d’autres sujets qui sont, au quotidien, très sérieux et créent le débat. Le comédien ne prend pas de pincettes pour en parler, allant jusqu’à dire qu’il va souvent dans la rue avec des pancartes où sont écrites des phrases comme « crève enculé de foetus » ou « femen, rhabille-toi salope » et qu’il attend. La provocation pour créer des réactions. Et dans le public, ça marche. Silences gênés, rires de malaise ou même fous-rire, ça choque.

Clément et Emma, deux humoristes lors de la Toulouse Comedy Night le 7 février (Crédit : TCN)

Peut-on rire de tout ?

Clément, l’un des humoristes à passer sur scène ce mercredi, est implacable. Oui, on peut rire de tout, c’est même le propre de l’humour. « Savoir rire de tout, c’est très important. En tant que jeune humoriste, c’est ce que je cherche à faire, ça commence par rire de soi-même. Je fais beaucoup d’auto-dérision pendant mon spectacle, ce qui fait qu’après ça, je peux m’autoriser à aborder le comportement humain et à le tourner en absurde. »  Mais sur des thèmes plus tristes, plus tendancieux, on peut se permettre de faire de l’humour ? « Savoir tourner en dérision des sujets comme la Shoah par exemple, ou la maladie, je ne vois pas du tout ça comme un manque de respect. Sur scène, on est là pour oublier les malheurs du monde, c’est ce que j’essaie de partager. Et si on ne les oublie pas, il faut essayer de les rendre plus légers. Ça doit être un moment positif, de bien-être avec le public.  »