« Boudu con, c’est quoi cet embouteillage sur la rocade ? », « Mets les poches dans la malle ». Si vous ne comprenez pas ces phrases, c’est que vous n’êtes pas un Toulousain. La rédaction du « 24 heures » vous propose donc un petit lexique des expressions d’ici, ainsi qu’un petit cours d’histoire sur leur provenance, histoire de ne pas vous sentir trop dépaysés lors de votre séjour dans la Ville rose.

En deux mille ans de « tchache », les Toulousains ont développé un langage bien à eux. Souvent importés de l’Occitan ces expressions et mots constituent une richesse, un réel patrimoine. Il traduisent une générosité et une fierté et leur usage fait partie intégrante de l’identité d’un/e toulousain/e.

Rythmé par l’Occitan, mais pas que…

Le « parlé » toulousain est le langage d’un peuple qui s’est reconnu dans des locutions originales, dans des expressions qui n’appartiennent qu’à lui. Selon le professeur de lettres, Gil Agusto, « Toulouse et le Sud-Ouest en général ont été rythmés par les influences occitanes ».

Outre l’Occitan, Gil Agusto admet d’autres influences, insoupçonnées, de peuples et de langues sur les expressions et autres mots toulousains. « Le latin mais aussi le grec irriguent ses racines. On y trouve également du gitan de Saint-Cypre, souvenir évanoui des grandes familles roms qui faisaient, jusqu’à la Grande Guerre, du commerce de chevaux. Il y a de l’hébreu et de l’arabe du passages des Syriens et des Juifs chez les comtes Raymond ».

Bien sûr, il y a aussi le français, « c’est une langue que l’on a fini par accepter, parce que la République l’exigeait », raconte le professeur à la retraite de 80 ans. De cette riche histoire est donc née une véritable langue. « Notre façon de parler, à nous Toulousains est unique. Elle mêle une écorche de la syntaxe académique, les substrats et elle met en image symboles et nature », affirme Gil Agusto.

Petite liste de survie du vocabulaire toulousain

De ces influences occitanes, mais pas que, sont nées les expressions suivantes :

  • Boudu con : Cette expression, pas très polie, marque la surprise ou l’agacement. Elle se traduit littéralement par « Bon Dieu Con », et est née d’un mélange entre l’occitan « Bon Diu » et le français « Bon Dieu » auquel est venu s’ajouter le mot « con », pour la ponctuation. Très familière certes, mais les Toulousains l’emploient à tout va, à tel point que l’expression est devenue une marque de vêtements !

  • : On l’utilise un peut n’importe quand, pour exprimer la surprise ou pour remplace le mot « tiens ». C’est une interjection qui peut aussi bien marquer le début que la fin d’une phrase.
  • Adiou : Cette interjection, formule de convivialité est utilisée aussi bien pour aborder quelqu’un que pour en prendre congé. Elle se traduit littéralement par « Salut » de l’occitan « adiu ».
  • La malle : À Toulouse, la malle désigne ce que les autres appellent communément un « coffre » de voiture. Il est tiré de l’occitan où malle et coffre de véhicule sont désignés par le même mot « arca ».

  • Une poche : Dans d’autres régions, on parle de sac en plastique mais chez nous, on préfère dire « poche ».
  • Chocolatine : Dans les boulangeries à Toulouse on ne demande pas « un pain au chocolat » mais une « chocolatine ». Ici, un pain au chocolat c’est un morceau de pain avec des carrés de chocolat au milieu.
  • Ça pègue : Lorsqu’une chose «pègue », elle colle.
  • Aller péter : « Aller péter quelque part » signifie « devoir aller relativement loin ».
  • Un Pec/Une pegue : Cet adjectif tiré de l’occitan « pèc », « pèga » est utilisé pour désigner quelqu’un de fou, d’idiot. « Non mais il est pec, ce type »!
  • Un Pét : Ici, à Toulouse, un « pét », de l’occitan « pet », est tout simplement un coup. « Ta moto, elle a pris un pét ».
  • Eh bèh : Exclamation « et ben, et bien ». De l’occitan « e ben ».
  • Avec plaisir : Une formule de convivialité utilisée par les Toulousains pour dire « de rien » ou « je vous en prie ». À Toulouse, à un « merci » on répond donc « avec plaisir » !
  • Tchatcher : Ce verbe signifie littéralement parler avec volubilité et facilité. Il est tiré de l’argot pied-noir, de l’espagnol « charlar » et de l’occitan « charrar ». « Quand il aura fini de tchatcher, on pourra partir ».
  • Pitchouns : Ce nom, utilisé par le TFC pour qualifier ses jeunes équipes du centre de formation, se traduit par « enfants » ou « tous petits ». Il est tiré de l’occitan « pichonet ».
  • Cacou : Dans le Sud-Ouest, un « cacou » un frimeur. « Qu’est ce qu’il fait le cacou celui là » !

Ces expressions ou mots sont celles et ceux que vous entendrez le plus en vous baladant dans les rues de Toulouse. Bien sûr, il en existe une centaine d’autres.

Un patrimoine à préserver

Bien plus qu’une simple façon de parler, c’est un « patrimoine que l’on se doit préserver », affirme Lucile, 23 ans, étudiante en lettres. Pour d’autres comme Paul, 56 ans, agent de sécurité, il s’agit de quelque chose d’unique : « On se reconnait, dans toute la France et le monde entre Toulousains, avec un boudu con ou un té« .