En juillet dernier, le président de la République s’était engagé à ce « qu’il n’y ait plus un seul migrant à la rue à la fin de l’année ». Pourtant, début 2018, les foyers qui accueillent ces personnes sont pleins à craquer, et certains se retrouvent à la rue, livrés à eux-mêmes. À Toulouse, l’association Welcome se mobilise pour trouver des familles d’accueil à ces migrants.

Chez Welcome Toulouse, l’aide consiste à regrouper plusieurs familles prêtes à accueillir gracieusement et successivement des réfugiés isolés, « six mois, le temps d’attente de l’instruction de la demande d’asile auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) », explique Jean-François Bellocq, coordinateur chez Welcome Toulouse. « Chaque famille accueille une personne pendant un mois. Il faut donc compter six familles pour une seule personne », affirme Jean-François Bellocq. Cette période passée au sein d’une famille peut sembler courte, mais elle a pour but « d’éviter l’attachement, et de la famille et du réfugié »

Une occasion pour ces personnes, qui ont souvent traversé des épreuves douloureuses, de se poser un peu. Mais également de se familiariser avec la culture française, et donc de mieux s’intégrer. Pour veiller au bon fonctionnement du séjour, un tuteur, bénévole de Welcome, est affecté à chaque demandeur d’asile.

Du partage sans aucune rétribution 

Pour qu’une famille soit éligible à recevoir un demandeur d’asile,« elle doit disposer d’une chambre meublée indépendante, et être pleinement investie dans la notion de partage. C’est rédhibitoire », assure le coordinateur. « Lorsqu’une famille qui est prête à accueillir me dit que le migrant ne va pas les déranger et qu’ils ont un studio au fond jardin, je leur dis non. Les familles doivent au moins s’engager à partager les repas avec la personne. Sinon c’est pas la peine », soutient l’homme de 73 ans qui a rejoint l’association il y a trois ans. Le partage avec la communauté Welcome existe durant les six mois et au-delà, « le séjour marque les familles comme les demandeurs d’asile, la relation continue », avoue Jean-François Bellocq, qui reçoit lui aussi chez lui avec sa femme Hélène.

« L’accueil chez Welcome se fait sans distinction de race, de sexe, de religion ou de langue « 

Cette « offre » comme la qualifie Jean-François Bellocq « est complètement gratuite », c’est l’un des points clés du système. Il n’est pas question de demander à la personne hébergée une rétribution financière, ni de lui demander d’effectuer un quelconque travail en échange de l’hospitalité. Bien sûr, comme n’importe quel membre de la famille, la personne peut participer aux tâches ménagères

Toujours selon Jean-François Bellocq, l’accueil chez Welcome, repose sur l’éthique : il est inconditionnel et « rejette toute distinction de race, de sexe, de religion ou de langue ».

« Les officiels font appel à nous »

Aujourd’hui, l’association dispose dans ses bases de données de 150 familles, prêtes à accueillir ou qui ont accueilli des femmes et des hommes isolés, demandeurs d’asile en France. Pour coordonner tout cela, une dizaine de bénévoles sont présents au quotidien. Ils ont pour but de placer ces personnes qui proviennent majoritairement d’Afrique subsaharienne (Guinée Conakry, République Démocratique du Congo, Congo Brazzaville, Rwanda, Burundi, Burkina Faso, Côte d’Ivoire) et parfois d’Albanie, de Géorgie, de Tchétchénie, d’Afghanistan, ou encore du Bangladesh.

Bien sûr, Welcome ne travaille pas seule mais en partenariat avec la Préfecture de Haute-Garonne, le 115 (hébergement d’urgence) et des associations officielles telles que la Cimade, Amnesty International ou encore le Secours catholique pour constituer les dossiers des personnes à accueillir. Lorsque ces services officiels sont débordés, ils n’hésitent pas à faire appel à Welcome affirme Jean-François. « Les officiels font appelle à nous pour prendre en charge certaines personnes. Et nous quand on peut, on les appelle aussi pour leur dire qu’on peut prendre deux ou trois personnes. » 

Cette association qui n’est pas officielle mais seulement gérée par des familles et des bénévoles désireux d’aider, peut donc se prévaloir de faire œuvre de service public, et de compléter le rôle de l’État lorsque celui-ci n’est pas en mesure de le faire.