Pour la journée internationale du sport féminin, ce mercredi 24 janvier, la rédaction du 24 heures a décidé de donner la parole aux sportives de notre région. Nous vous avons concocté un dossier dans lequel Mélodie Mouzaoui, championne de France de Roller Derby, Nisrine Naoudi, footballeuse, Sébastien Vuillon, entraîneur d’une équipe de rugby féminine et Nouria Newman, championne du monde de kayak extrême, se confient sur leurs parcours et la place qu’occupent les femmes dans leur sport. Un dossier à découvrir pour rompre avec les clichés. 

« Il faut trouver de la motivation pour se mettre à l’eau en plein hiver ou pour aller dans des endroits qui nous font peur », explique Nouria Newman. Vice championne du monde de slalom en 2013, vice championne du monde de slalom par équipe en 2014 et championne du monde de kayak extrême en 2017, cette kayakiste est intrépide. « J’ai commencé le kayak à l’âge de 5 ans et je suis entrée dans un club. J’ai commencé à faire des compétitions et à les remporter. Je me suis entraînée de plus en plus, jusqu’à intégrer la fédération. Et aujourd’hui, je vais la quitter. J’arrête le slalom, qui est une discipline olympique, pour faire du kayak extrême et freestyle », annonce-t-elle.

À seulement 26 ans, Nouria Newman prend sa retraite, mais ne compte pas raccrocher la pagaie pour autant. « Aujourd’hui, je suis en transition. Depuis un an et demi, je suis kayakiste professionnelle sur du kayak extrême. C’est assez précaire, mais on voyage beaucoup, explique-t-elle. L’an dernier, j’étais deux mois en Nouvelle-Zélande, cinq mois au Canada et aux Etats-Unis, un mois et demi en Argentine et le reste en Europe, notamment en Autriche », détaille-t-elle.

 

Quand elle commence le kayak, ce sport est considéré comme un sport masculin. Nouria Newman est souvent la seule fille. « J’ai eu droit à des petites réflexions du type : « Les gonzesses, vous mettez toujours trois plombes à vous préparer ». Après, j’ai eu la chance d’avoir rapidement les mêmes outils techniques que les garçons. Je n’avais pas toujours la vitesse, mais techniquement, j’étais capable de faire la même chose », explique-t-elle.

Durant son enfance, Nouria Newman fait la rencontre d’une athlète néo-zélandaise qui l’inspire. « J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer. J’avais dix ans et j’étais en Savoie, au championnat du monde. Elle a sympathisé avec moi et à chaque récup’ ou échauffement, elle naviguait avec moi. Elle me coachait et ses conseils m’aident encore aujourd’hui. », raconte-t-elle.

Nouria Newman, championne de kayak. Crédit : Nathan Barbier

Du sexisme tout au long de son parcours

Athlète professionnelle à son tour, Nouria Newman, a été confrontée au sexisme. « Maintenant que je suis connue sur le circuit, c’est la même chose que je sois un homme ou une femme. Mais il m’est déjà arrivé d’entendre « Mais t’es sûr qu’elle a le niveau ? », sans questionner les habilités d’un gars qui était pourtant moins bon que moi ». Dans le kayak extrême, c’est différent. « Parce que c’est un sport d’équipe. Comme il y a cette relation de confiance pour assurer notre sécurité, on se traite d’égal à égal. Sinon, cela ne fonctionne pas », dit-elle.

« Le plus flagrant, c’est avec les sponsors. Il est encore très difficile d’obtenir les mêmes contrats que les hommes. On préfère les mettre en avant. Et pour représenter une athlète féminine, plutôt que de prendre une photo d’action, les marques vont préférer une photo studio. J’estime avoir autant de valeur que mes homologues masculins. Dès que je sens que les contrats ne sont pas les mêmes, j’envoie un e-mail aux responsables de la boîte et je demande la même reconnaissance en vue de mes résultats. Généralement, ils ne trouvent rien à redire. Heureusement, pour des marques c’est l’inverse. Elles mettent en avant les sportives et leur rendent honneur »

Selon Nouria Newman, il y a des différences dès l’apprentissage : « Par exemple, un garçon de 7 ans qui commence le kayak et qui a peur de se lancer. Un moniteur lambda lui dira « Ne fais pas ta chochotte, vas-y ! » Par contre, une fille du même âge qui ne veut pas y aller parce qu’elle a peur, « C’est normal ». Le rapport au risque et à la pratique est donc complètement biaisé dès cet âge-là.

« Il faut rompre les barrières qui sont aussi bien chez les pratiquants masculins que féminins. Ce que je constate dans le kayak, et c’est attristant, c’est que les filles se mettent elles-mêmes des limites ! Si petites, elles n’ont pas eu la chance d’avoir un accompagnement, elles se mettent des barrières toutes seules. Elles manquent de confiance. »

Aujourd’hui, de plus en plus de filles s’inscrivent dans un club de kayak. « Même dans le kayak extrême, il y a davantage de participantes ! Il y a vraiment une évolution et je pense que c’est lié à celle des mentalités et à la fin de certaines idées pré-construites », se réjouit-elle.