Dans le cadre de cette journée internationale de sport féminin, le 24 heures vous propose un deuxième sujet en rapport avec cette thématique.  

Sébastien Vuillon est un féru de rugby à XIII. Un sport qu’il pratique depuis petit et dans lequel il entraîne désormais. Depuis quatre ans, il est à la tête de l’équipe féminine de l’A.S. Ayguesvives XIII. Un choix, mais surtout un challenge qui ne lui a pas fait froid aux yeux. L’entraîneur de l’ASA XIII a répondu aux questions du 24 Heures.  

Comment décide-t-on d’entraîner des filles plutôt que des garçons quand on est un homme ? 

Il y a quatre ans, on m’a proposé ce poste d’entraîneur de l’équipe féminine d’Ayguesvives XIII. C’était une toute nouvelle équipe, le poste était donc vacant. Jusque-là, je n’avais entraîné que des garçons. Du coup, ça m’intéressait de changer un peu et j’ai accepté ce challenge.

Les entraînements des filles sont-ils différents, que se soit au niveau de la compréhension des techniques ou de la manière d’aborder des notions ?

Oui, la capacité à comprendre et à appliquer les consignes n’est pas la même. Surtout dans un sport comme le rugby à XIII, qui est vu comme un « sport de garçon ». Là où les garçons vont être dissipés, les filles vont elles au contraire s’appliquer. En général, les garçons s’ennuient plus vite sur des exercices de répétitions. Les filles ont un côté scolaire qui est un véritable avantage quand on les entraîne. Elles réfléchissent plus et sont plus facilement ouvertes à la discussion.

Vous êtes un homme qui entraîne des jeunes filles. Il doit s’en doute y avoir des difficultés par moment. Comme dans toutes les équipes, il y a parfois des désaccords. Avec le staff, nous travaillons beaucoup sur le dialogue. Chacune des joueuses est différente. Il faut les accepter telles qu’elles sont et trouver comment leur parler. La première année, j’ai eu du mal à m’adapter, le temps d’apprendre à les connaître. Maintenant tout va bien. Et comme je vous ai dis, ce sont des filles : il y a plus d’avantages que de d’inconvénients à les entraîner. Elles assimilent mieux et plus rapidement. Elles sont aussi plus motivées. Au final, ce sont elles qui me poussent à me dépasser afin que je puisse les tirer vers le haut. En seulement quatre ans, elles ont atteint un formidable niveau de jeu et ce n’est pas seulement grâce à mon travail avec elles, mais aussi à ce qu’elles m’apportent.

Il semblerait qu’en quatre ans ce n’est pas qu’une équipe que vous avez créée mais une véritable famille. Vous avez réalisé de nombreux projets (loto, stages, brocantes…) et vous avez également voyagé en Angleterre l’an dernier. Que ressentez-vous aujourd’hui quand vous regardez tout ce que vous avez accompli ?

Je ressens une immense joie bien évidemment. Je regarde tout le chemin parcouru depuis quatre ans et je vois tout ce que les filles ont fait et le niveau qu’elles ont aujourd’hui. Oui, c’est une fierté. Je suis très heureux de l’avoir fait avec des filles. D’autant plus quand on connaît leur âge (N.D.L.R la moyenne d’âge en équipe senior de l’ASA XIII est 16,5 ans). Mais je ne m’attribue pas tous les lauriers, loin de là. Je ne suis pas seul avec les filles dans cette histoire. Il y a mon staff avec Sébastien Yesa, notre médecin qui nous est d’une très grande aide. Puis notre manager Gérald, mon père, qui se démène pour nous trouver du financement et pour tout ce qui est logistique. Le club en général nous épaule aussi énormément. Nous sommes tous fiers de l’équipe. Mon travail n’est qu’une pierre à cet l’édifice.

Qu’avez-vous à dire aux gens qui critiquent le sport féminin et surtout dans des sports comme le vôtre ?

Qu’ils viennent nous voir jouer et n’importe quel sport d’ailleurs ! Les filles peuvent être autant, et parfois plus, performante que les garçons. La place de la femme dans la société a beaucoup évolué mais doit l’être encore plus. Changer les avis cela passe aussi par le sport. Nous sommes loin d’une réelle égalité. Les remarques sont nombreuses et souvent péjoratives. C’est un travail de tous les instants pour faire changer les avis. Je suis quand même persuadé qu’un jour la femme aura la place qu’elle mérite vraiment.