« Less is more », ou l’art d’en faire le moins possible avec un maximum d’effet. Ce sont les maîtres-mots de Delphine Josse. À seulement 36 ans, cette Toulousaine d’adoption est à la tête d’une marque de prêt-à-porter qui porte son nom : Delphine Josse. Elle y propose une collection de robes noires, sa spécialité, qu’elle décline du 36 au 46, ainsi que des accessoires. Ses créations, de fabrication française, sont à mi-chemin entre raffinement et élégance. Retour sur le parcours, les ambitions d’une jeune créatrice qui a commencé il y a une dizaine d’années par amour de la création et de l’art. Mais surtout de la petite robe noire.

  • Pourquoi votre marque porte-t-elle votre nom ?

Parce que finalement, j’incarne beaucoup plus ma marque que je ne le croyais. Pendant longtemps, je me suis cachée derrière un pseudonyme, et au final ça sert à rien de se cacher, il faut assumer et c’est plus simple.

  • Depuis quand êtes-vous attirée par la mode/la création ? Quand vous êtes-vous lancée dedans ?

Je n’ai pas tout de suite été attirée par la mode. Toute petite, j’aimais transformer les matières, faire des vêtements pour mes poupées. J’ai également fait beaucoup de dessin, de la sculpture, de la peinture, de la photographie… Puis à 14/15 ans, j’ai eu une machine et j’ai découvert la possibilité de travailler le tissu et de porter mes créations moi-même. J’ai trouvé ça intéressant puisque ça rendait mes  créations utiles. J’aime quand l’art est utile, quand il a un sens. Et s’habiller à un sens, c’est à la fois futile et très utile,on porte parfois des masques, on en enlève, on se révèle, on peut être toutes les femmes à la fois. Et avec une robe noire, on peut faire tout ce qu’on aime.

J’ai longtemps été styliste sur-mesure. D’abord pour des amies, ensuite pour des personnalités du cinéma et ce que je faisais plaisait de plus en plus. J’ai donc arrêté de faire du sur-mesure et ce que les autres me demandaient, pour faire ce que j’avais envie, avec ma vision à moi. Et la chose que je sais faire le mieux, c’est la robe et le noir.

« Le noir est une page blanche pour moi. »

  • Décrivez la marque en 3 MOTS ?

Noir.

Noir.

Noir.

  • Pourquoi la robe et la couleur noire ?

La robe, c’est pour la simplicité. On se glisse dedans le matin mais aussi parce que c’est très féminin et que ça plaît autant aux dames qu’aux messieurs. Et le noir, c’est ma fascination pour Pierre Soulages (peintre et graveur français) et peut être aussi un petit côté « dark » de ma personnalité. Pour moi, le noir, c’est la base car à partir du noir tout est possible : c’est la somme de toutes les couleurs. La robe noire, c’est une toile vierge, autant pour celle qui la porte que celle qui l’a créer.

« Une robe noire c’est comme un t-shirt blanc ou une paire de jeans, c’est l’indispensable de la garde-robe »

  • Quelle est votre méthode de travail ?

D’abord le dessin, je dessine énormément et tout récemment, j’ai commencé l’écriture. Je ne crée pas des robes pour moi, je ne crée pas du tout mon dressing. Je me raconte des histoires, j’imagine des femmes. Par exemple une jeune fille qui court derrière le bus avec son carton à dessin, je me demande de quoi elle aurait besoin pour qu’elle puisse courir tout en étant bien. Pour un autre modèle, j’ai imaginé une femme un peu plus garçonne qui a besoin d’une robe multi-fonctions.

J’imagine les femmes et j’ai envie qu’elles continuent cette histoire avec la robe noire. Elles peuvent tout créer en y ajoutant un blouson en cuir, un petit foulard,ect… 

  • Quelle est votre marque de fabrique ?

C’est la ligne, faire en sorte que la ligne soit la plus juste possible. Je n’ai pas de crainte au niveau de mes coupes, j’ai tout appris seule et je réalise un très gros travail là-dessus. Quand les femmes essaient mes robes, elles tombent super bien sur elles et je me régale. Et à ce moment-là, je vois la femme que j’ai imaginé, s’inventer devant moi. C’est là qu’est ma récompense.

  • C’est la semaine de la Fashion Week, par quels défilés/créations êtes-vous attirée ? 

J’aime les créateurs très disparates. J’aime autant Alexandre Vauthier, Jean-Paul Gaultier, que Victoria Beckham ou encore Franck Sorbier. Mais je ne suis pas particulièrement attirée par le format du défilé, bien que j’en ai déjà fait. Je préfère voir les vêtements dans la vraie vie. À l’avenir, j’aimerais plus privilégier les performances artistiques. Peut-être une performance en musique où des danseurs porteraient mes vêtements mais pas un défilé ou l’on marche tout droit en faisant la tête, ça m’attire moins. 

  • De quels designers/créateurs vous inspirez-vous ?

Je n’ai pas de préféré en particulier. C’est surtout de l’art et des artistes qui m’inspirent. Mon créateur préféré, ce serait Soulages, mais ce n’est pas un créateur de mode. Je puise mon inspiration dans la musique, l’art et le mouvement en général.

  • Quelle est la collaboration de vos rêves ?

Je l’ai déjà (rires), je collabore avec mon mari, Jérémy Urset, et ça marche plutôt bien. Il est créateur graphique de la marque, il fait tout le contrôle qualité, il s’occupe de l’administratif, des relations avec les fournisseurs et il a une vision masculine sur mes créations.

  • Vos projets futurs ?

J’ai plein de projets, mais le plus grand reste la création d’une « Maison de la Mode » à Toulouse, où il n’en existe pas. On (avec mon mari) arrive à un moment où la marque a besoin d’être soutenue par une maison de la mode, et d’apprendre grâce aux autres et à la collaboration. Je n’avais pas envie de choisir entre un développement de la marque et ce désir de partager avec les gens du milieu. Et avec ce projet de « Maison de la Mode », on ne va pas choisir mais faire les deux. 

Il y aura deux grands axes : le premier de partager les connaissances et le savoir-faire et le second, de repérer et aider les jeunes créatifs. On aimerait également vendre les créations dans un concept store qui sera au cœur de cette « Maison de la Mode », et qui dans le futur deviendrait un magasin référent à Toulouse, où l’on viendrait acheter les produits des créateurs les plus pointus de la ville et de la région. Le but sera de mettre en relation autant les créateurs, les industriels, les couturières, les fournisseurs textiles que les photographes ou les mannequins. 

Prendre le temps de partager permet de faire de belles choses qualitatives. Ce projet nous tient très à cœur, ça fait partie des valeurs de la marque. On espère espère ouvrir la Maison de la Mode Toulousaine prochainement, courant septembre 2018.

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