Un million d’euros, c’est la somme que vient de débloquer la mairie de Toulouse pour faire revivre la maison Giscard. Une maison modèle dans le paysage architectural de la Ville rose.

 

Il suffit parfois de lever les yeux au ciel pour se rendre compte de la richesse d’une ville. Et ce n’est pas forcément la célèbre brique rose qui rend Toulouse « belle et richement décorée », selon Pauline Jung, fondatrice de l’association Manufacture Giscard de Toulouse. Rue de la Pomme ou Alsace Lorraine, en plein centre-ville, c’est la terre cuite qui prend le dessus.

« Au XIXe siècle, il y a eu une véritable révolution industrielle. Une activité riche et dynamique s’est développée dans la ville autour de l’artisanat d’art. Et avec elle, un phénomène unique en France a vu le jour : la terre cuite sur les façades  » explique Pauline Jung.

Les ornements en terre cuite sur les façades font l’identité de la Ville rose. / Marie Géraldine Furic

Mais c’est bien avenue de la Colonne, non loin de la gare Matabiau, que l’on trouve la plus belle illustration de cet artisanat. Une « identité forte de la ville » héritée de la famille Giscard. Cette entreprise familiale, fondée en 1855, n’a cessé de fabriquer des ornements d’architecture et des sculptures religieuses en terre cuite. Quatre générations se sont succédées à la tête de la manufacture, jusqu’à Joseph Giscard, dernier héritier de la lignée, disparu depuis 2005.

« La famille Giscard est le dernier exemple, le dernier témoignage de cette richesse économique et artistique. Il s’agit du dernier atelier dont on connaît toute l’histoire. Les archives familiales, les outils, les œuvres, tout a été conservé » s’enthousiasme Pauline Jung.

 

Un patrimoine à l’abandon

À la mort de Joseph Giscard, la municipalité de Toulouse a hérité des ateliers et de tout ce qu’ils contenaient : archives familiales, moule à pièce en plâtre, outils, sculptures etc. Des « trésors immenses », mais qui sont aujourd’hui laissés à l’abandon. « Les ateliers ont été vidés par la mairie qui craignait un cambriolage ou un effondrement du bâtiment. Depuis, le contenu des ateliers est entreposé chez un déménageur … », déplore la jeune femme.

De ce fait, personne n’en connaît le contenu exact. « Ce qui est sûr, c’est que ce sont des fonds très riches, qui méritent d’être mis en valeur. J’ai voulu les consulter, mais la mairie m’en a refusé l’accès. »

Des fonds qui restent secret et un patrimoine qui intéresse peu : « Le XIXe siècle est peu étudié car il a peu de valeur. Les ornements sont, pour la plupart, des ornements religieux et ça, ça n’intéresse personne. »

L’association Manufacture Giscard de Toulouse aimerait créer des ateliers dans les anciens locaux. / Marie Géraldine Furic

Malgré tout, Pauline Jung se bat, avec l’association Manufacture Giscard de Toulouse pour réhabiliter le lieu.

« L’idéal serait de restaurer l’atelier, qu’il devienne un musée vivant. On souhaiterait pouvoir y proposer des ateliers de modelage et de moulage, mais qu’il soit également utilisé pour faire de l’édition grâce aux moules récupérés. On ne veut pas d’un site à vocation historique, mais bien un lieu vivant, empli de créativité. »

 

Enfin un projet ?

Mais cela fait maintenant 13 ans que les bâtiments de la famille Giscard sont laissés à l’abandon. Depuis la disparition du dernier héritier de la famille, Joseph Giscard, aucun projet n’a réussi à voir le jour. « La mairie a hérité des ateliers, mais je pense surtout qu’elle s’est retrouvée bien embêtée. C’est un bâtiment sans réel potentiel, sauf si l’on a des projets en tête », commente la fondatrice de l’association également porteuse du projet au côté de la municipalité.

Mais il semblerait désormais que Jean-Luc Moudenc souhaite avancer et enfin « réveiller la belle endormie », comme il l’énonçait en 2009. C’est donc 1 million d’euros qui sera consacré à la remise en état de la maison Giscard. L’objectif : que la bâtisse recouvre sa fonction initiale, celui d’un lieu de création. Les travaux pourraient alors débuter dès mars 2018 pour aboutir en 2019.