C’est une nouvelle affaire qui secoue le monde médiatique français : France 3 Auvergne-Rhône-Alpes a reçu une motion de défiance de la part de ses salariés. Suite à un retrait d’une série de reportages sur la présidence de la région par Laurent Wauquiez, les journalistes ont exprimé leur désaccord à la chaine. La reprise de la diffusion des reportages a ensuite été décidée vendredi, avec un droit de réponse du président des Républicains. Malgré cela, le Syndicat national des journalistes est toujours inquiet.

Cette semaine, la chaine France 3 Auvergne-Rhône-Alpes avait prévu de diffuser une série de cinq reportages, programmés chaque jour à 12h et à 19h, qui devaient faire le bilan des deux ans de la présidence de Laurent Wauquiez. C’est le mercredi, jour de la diffusion du troisième volet, que le rédacteur en chef a décidé de suspendre la série : « Je considère que l’angle retenu n’est pas conforme à la commande que j’avais passée ». Les sujets avaient été validés par d’autres membres de l’encadrement avant la diffusion.

Des reportages (trop) à charge

Le principal problème résulte de la nature de ces reportages : ils apparaissent, pour la chaîne, déséquilibrés. C’est juste après la diffusion d’une enquête sur les finances de la région que la chaine a déprogrammé les épisodes restants. André Faucon, directeur régional de la chaîne, explique son choix : « On n’était pas dans les clous sur le traitement politique et par rapport à notre tonalité de service public ». La chaîne justifie son action par le fait qu’il n’y ait pas de réponse de la part de l’entourage de M. Wauquiez et donc pas de contradictoire aux éléments présentés.

Mais voilà, les journalistes, eux, dénoncent une décision injuste. « Depuis deux ans, on est amenés à faire des reportages sur les annonces de Laurent Wauquiez et la question de l’équilibre ne s’est jamais posée dans l’autre sens », a expliqué la rédaction de France 3 après l’interruption de la série. La direction a finalement informé la rédaction jeudi soir que les deux derniers épisodes, pré-visionnés cette fois-ci, seraient bien programmés vendredi et samedi. Elle affirme s’être « assurée d’une présentation des faits plus équilibrée« .

Des pressions de la part de Laurent Wauquiez ?

La chaine dément avoir reçue quelque pression qu’elle soit de la part du président LR. Ce dernier l’affirme également. Il y a bien eu un appel passé par le politicien à la rédaction en chef mercredi, mais c’était, d’après elle, « pour caler un entretien dimanche pour le droit de réponse ». Le SNJ Rhône (Syndicat national des journalistes) a quant à lui publié un communiqué de soutien à la rédaction de France 3, confirmant des pressions du président envers une autre rédaction. « Ce sentiment a une résonance particulière au sein de la rédaction du Progrès qui n’a pas été épargnée non plus par les pressions du président de la Région, sous différentes formes (coups de fils de mécontentement, droits de réponses, suspensions de sujets …) ».

La motion de défiance votée par une forte majorité des journalistes

Les journalistes se sont mobilisés afin de se poser la question essentielle à leur métier : « Faites-vous encore confiance à André Faucon et Laurent Mazurier (rédacteur en chef) pour défendre l’indépendance et la qualité de l’information à France 3 ARA ? ». Sur 61 salariés, 43 ont voté non, soit 93,5% de journalistes qui n’ont plus confiance envers l’équipe de direction et de rédaction en chef. Ce résultat est une première pour l’histoire de la chaîne régionale. Le SNJ témoigne d’un « écoeurement » de la part de la rédaction. Nous ne connaissons pas pour l’instant la conséquence de ce vote sur le fonctionnement de la chaîne.