Place de la Daurade, 20h. Plus de 500 personnes sont réunies devant une scène, toutes assises, l’élection n’est pas réellement ce qui semble les passionner. Les résultats tombent : Marine Le Pen ne sera pas Présidente de la République. C’est cette phrase qu’on entend dans le brouhaha, et non  “Emmanuel Macron sera notre Président”.

Et c’est compréhensible : à Toulouse, la participation au second tour des présidentielles était de seulement 67,40%, presque 8% en dessous de la moyenne nationale. Durant ces deux dernières semaines des manifestations ont eu lieu dans le centre de la ville, pour soutenir le mouvement “Ni Macron, ni Le Pen”. Alors même si à Toulouse le candidat d’En Marche a fait plus de 82%, il n’a pas convaincu tout le monde.

L’abstention comme un message

Sur la place de la Daurade, des groupes se créent et discutent de ce résultat qui, pour eux, était “prévisible”. Arthur, étudiant en biotechnologie à l’Université Paul Sabatier, soutient que dès les résultats du premier tour, Macron était notre nouveau président. “ C’était une évidence en fait. Mais même avec le danger du Front National au second tour, c’était impossible pour moi de voter. Il y a une différence entre l’abstention parce qu’on ne se sent pas impliqué et l’abstention par conviction. Je ne me voyais pas donner ma voix à un homme qui ne m’attire en rien : sa vision politique ou humaine, ses idées … Et bizarrement, je n’ai aucun ami qui se soit déplacé pour aller voter non plus.”  Car pour Arthur et ses amis, c’est le principal problème : ne pas se reconnaître dans un programme. Eux qui avaient voté au premier tour pour le candidat de la France Insoumise ne voulaient pas se résoudre à “donner un coup de pouce à Macron” comme le dit Isa, étudiante en sciences humaines à l’Université II Jean-Jaurès. “Pour moi ça ne changera absolument rien de ce qu’on connait déjà, en fait. C’est juste 5 ans de plus, avec un président comme tous les autres, en attendant 5 ans qu’on élise le suivant.

L’abstention comme un vote “qui compte” ?

Car si des étudiants se sont abstenus, ils aimeraient que ce soit pris en compte lors des élections. Pour eux, l’absence de vote résulte d’un réel problème dans le processus démocratique. “Cela montre forcément qu’il y a tout à refaire, si autant de gens ne se retrouvent pas dans ces propositions” explique Anthony, étudiant à la TBS. “Si l’on avait compté le taux d’abstention de 22% au premier tour, Marine Le Pen ne serait arrivée que troisième avec 21%. Je pense qu’on devrait comptabiliser au moins le vote blanc : s’il atteint un seuil majoritaire, on recommence toute l’élection.

Ce sera le sujet de discussion suivant. À peine quelques minutes après les résultats, les groupes de gens se dirigent vers les berges de la Garonne. Ils se rassemblent, d’autres les rejoignent. Ils commencent à manifester en brandissant des banderoles sur lesquelles sont écrits des messages. L’une d’elle affiche “ Pas mon Président”.