Le Front National est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle dans l’Aude, avec 28,26 % des voix. Julien Rancoule, secrétaire départementale du FN de la jeunesse dans ce département, constate une augmentation du nombre d’inscription.  Pendant cet entre-deux tour, il revient sur les motivations et les questionnements des jeunes audois. Le département compte mille deux cents militants au total. Le Front National de la jeunesse de l’Aude est passé de cent à deux cents adhérents.

Julien Rancoule, responsable FN du canton de Limoux et secrétaire départemental du FNJ 11. / Photo : FN11

Le Front National a obtenu 28,26 % des voix dans l’Aude. Comment expliquez-vous ce résultat ? 

On fait de très gros scores dans le département depuis quelques années. Ça s’explique déjà avec 50 ans de socialisme sur le département. Les gens ont vu le résultat. On a un des plus hauts taux de chômage de France. On est le deuxième département le plus pauvre de France. Je pense que c’est ça en priorité qui a fait basculer le département. Comme c’est une terre rurale, avec des paysans et des gens aux revenus modestes, ils sont plus attirés par un vote FN qu’un vote Républicain par exemple.

Qu’est-ce qui motive les jeunes à rejoindre le Front National cette année ?

On a une recrudescence. On était environ cent adhérents l’an dernier à la même époque et on est quasiment deux cents maintenant.

C’est le double. Qu’est-ce qui explique cette augmentation ?

J’ai été nommé responsable du département en août dernier. Disons que ça a apporté un peu de renouveau au niveau de la fédération. Après il y a l’attrait de la Présidentielle qui attire beaucoup de jeunes. Ils se sentent concernés.

Par quoi sont-ils séduits dans ce programme ?

Ils s’inquiètent en priorité pour leur avenir. Ils voient incontestablement que la situation se dégrade pour les jeunes d’une manière générale. Il y a des incertitudes : la possibilité de pouvoir s’épanouir dans notre pays, de rester libre, de pouvoir se promener en sécurité en ville, de pouvoir fonder une famille, de pouvoir travailler et réussir à en vivre. Ce sont toutes ces raisons qui font que les jeunes se dirigent vers le Front National. Ça fait plus de 30 ans que les Socialistes ou les Républicains dirigent le pays et ils constatent que la seule alternative c’est le FN aujourd’hui !

Quelles sont leurs principales préoccupations ?

La sécurité est un point essentiel pour les jeunes. Les questions d’identité également. De pouvoir vivre dans une France de culture française, on va dire, et qui respecte ses racines, son histoire et sa culture.

Les nouveaux adhérents ont-ils été attirés par le changement d’image de Marine Le Pen ? Se sentaient-ils proches de vos idées auparavant ?

Il y a un peu de tout. Il y en a qui étaient déjà sympathisants, mais qui n’osaient pas ou n’avaient pas envie de s’impliquer dans le mouvement, mais qui votaient quand même Front National. Et il y en a quand même une bonne partie qui nous rejoignent après être passé chez les communistes ou les socialistes. Pas mal d’anciens communistes quand même… C’est souvent ces deux cas de figure. Je dirais 60/40.

Vous qui la soutenez depuis 2011, qu’avez-vous pensé de ce changement d’image ?

Je milite depuis mes 17 ans. J’ai toujours été convaincu par les idées du FN. Je la sens plus présidentiable. Elle a travaillé son image et je m’en réjouis. Je trouve qu’elle a vraiment la capacité maintenant de gouverner. On la sent plus responsable et les gens font plus facilement le pas.

Quels sont vos objectifs pour le second tour de l’élection présidentielle ?

J’ai posé des congés au travail exprès pour me consacrer à cet entre-deux tour ! On a accroché des banderoles sur les ponts. On fait tous les marchés du département. On est sur le terrain tous le jour.

Que vous disent les citoyens lorsque vous échangez avec eux ?

Il y en a qui nous traitent de fascistes ou de nazis sans avoir aucun argument. Ceux-là c’est même pas la peine de leur parler. Côté craintes, on nous parle souvent de l’euro et de l’Union européenne. Si on sortait, est-ce que le pays continue… J’allais dire continuerai à progresser ? Mais bon je ne pense pas qu’on progresse beaucoup aujourd’hui (rire). C’est normal, il n’y a aucun débat sur le sujet. Les médias essayent de nous décrédibiliser sur ces questions-là.

Vous sentez-vous décrédibilisés dans l’Aude ? 

On n’a pas de soucis avec les journalistes locaux, même si on observe un réel parti pris du Groupe de monsieur Baylet (La Dépêche, L’indépendant et Midi Libre ndlr) pour le candidat d’en Marche depuis le début.

Une trentaine de rédactions accusent le Front National d’entraver la liberté d’informer. Également, un élu FN a récemment annoncé vouloir créer un ordre des journalistes pour pouvoir les verbaliser. Quelle est votre réaction face à ces actualités ?

La presse d’aujourd’hui n’est pas libre. Elle a pris position pour lutter contre le FN. Une majorité de médias sont financés par des fonds publics. Il y a un travail à faire sur le journalisme pour retrouver une neutralité et un certain professionnalisme. Il y a une certaine universalité de la pensée dans les médias. Il faut qu’ils arrêtent le militantisme. Je pense qu’il faut un organisme de contrôle pour qu’ils informent les citoyens de manière neutre.

Est-ce que l’absence de propositions écologiques dans le programme de Marine Le Pen interpelle les jeunes ?  Échangez-vous sur ce point ?

Vous trouvez qu’il y a une absence ? Dans ses cent quarante quatre engagements, il y a quand même un moratoire sur l’éolien ! Elle veut investir dans la recherche de nouvelles énergies propres et renouvelables, comme la géothermie par exemple. Elle compte aussi investir dans la sécurité des centrales nucléaires et les renationaliser. Elle propose également de produire et de consommer local, ce qui est la base de l’écologie.

Qu’attendez-vous de Marine Le pen dans l’Aude, si elle est élue ?

Je pense au patriotisme économique. Je viens d’une famille de viticulteurs et on a de gros problèmes avec les vins espagnols qui sont vendus à des prix inférieurs aux produits français. Il y a des normes moins contraignantes en Espagne, c’est une concurrence déloyale. D’un point de vue sécuritaire, on a beaucoup de cambriolages dans les campagnes. On a besoin de retrouver un certain ordre, car sous Sarkozy il y a un certain nombre de gendarmeries et de commissariats qui ont été fermés. À Limoux, on a perdu un commissariat de police par exemple. On ressent vraiment la différence dans le département. Il y a un climat d’insécurité qui s’accentue.
Propos recueillis par Chams Iaz