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Jour de présidentielle pour l’ensemble des bureaux de vote français. Qui dit élection signifie citoyens qui votent. Dans les Hautes-Pyrénées, de nombreux Bigourdans se sont mobilisés pour faire valoir leur droit. Tous partagent un avis, une vision de cette élection, quelque peu originale. 

La médiatisation, atout majeur de cette élection 

« Pour moi, le monde médiatique possède un rôle à jouer dans cette sphère politique: et au final la presse s’en sort très bien » explique Arnaud, à propos des récentes affaires qui ont éclatées au grand jour. Il n’y a pas photo pour cet agent SNCF de 51 ans: les révélations de ces scandales ont influé sur la campagne. « C’est le jeu des journalistes: chercher la faille chez tel ou tel candidat » rajoute-t-il.
Bien que satisfait de cette médiatisation politique, le cheminot exprime un regret, notamment au niveau du traitement de l’information par les médias télévisés: il aurait préféré plus de débats croisés, où chacun échange sur le programme de l’autre. Selon lui, « il manque un réel débat démocratique ». En somme, la sphère journalistique marque un point pour le cinquantenaire, lui qui dénonce les conflits d’intérêts qui pourrissent la vie politique depuis des décennies.

«En tant que citoyen, le problème est de savoir qui on veut à la tête de l’état: quelqu’un qui a des idées, ou quelqu’un qui a des casseroles au cul? », c’est la question qui taraude Arnaud. Pour ce dernier, l’omniprésence des médias ces derniers mois a contribué à créer le côté atypique de cette  présidentielle 2017.

Le « ras le bol » à son paroxysme 

Nicole affiche un air sceptique: elle est dubitative concernant cette nouvelle parade électorale. « Je ne suis pas vraiment motivée en ce moment, le truc c’est qu’on a surtout envie de changement », explique cete assistante maternelle, de bientôt 61 ans. « Gauche/Droite, on a tout essayé. Les gens sont indécis, nous sommes dans la rébellion » rajoute-t-elle. La cause de cette perplexité? Le monde rural, qui reste clairement délaissé par les hommes politiques selon elle: « Avec eux, il faut habiter à Paris pour être quelqu’un de bien » s’exclame l’assistance maternelle, visiblement agacée par toute cette campagne présidentielle. Oui, la ruralité elle connait, car Nicole vit à Bernac-Dessus, village de même pas 300 habitants. Une petite commune où l’agacement s’est notamment fait ressentir: Nicole explique que la nuit avant l’élection, des personnes sont venues accroché des casseroles sur l’affiche de  François Fillon, synonyme de ce ras le bol général. Et petit clin d’oeil aux affaires dévoilées par Le Canard Enchainé.

Si la sexagénaire s’est quand même décidé à faire son devoir de citoyen, sa vision du futur reste brumeuse concernant les prochains résultats: « On fera avec ce qu’il y aura: c’est triste à dire, mais je ne vois pas l’avenir très rose » conclue-t-elle, le visage fermé.

À l’ère des réseaux sociaux 

À 19 ans, Florian vote pour la première fois. L’élément le plus marquant pour cet étudiant en DUT Techniques de Commercialisation est sa vision de la campagne à travers les réseaux sociaux. Très présent sur Twitter et Facebook, c’est ainsi qu’il a suivi les débats. Il a aussi pu constater la création de divers mouvements, notamment grâce aux hashtag. Des tweets représentatifs de Benoit Hamon à ses débuts, en passant par la séquence buzz de Nicolas Dupont-Aignan sur le plateau de TF1, Florian suit tout à travers l’écran de son smartphone. « J’ai l’impression que toute cette utilisation des réseaux sociaux permet d’enlever cet écran qui nous sépare » commente- t-il, en soulignant cet aspect plus intimiste. Bien sur, il existe un aspect négatif à cette explosion de la bulle web: et pour cela le jeune homme fait notamment référence à la «fachosphère ». La propagation de « fake news » ainsi que des commentaires haineux en sont principalement la cause. Mais le jeune homme est également lucide: « Pour moi, ma voix ne compte pas vraiment. Ce n’est qu’une parmi tant d’autre. Pendant quelques temps, j’ai même pensé à m’abstenir ». Le jeune citoyen ne voit pas le droit de vote comme un élément qui va faire changer les choses. Pour le vote blanc, c’est pareil. « Plutôt ne pas aller voter du tout, que voter blanc », assène-t-il. Il prône en revanche l’abstentionnisme comme une réelle alternative: « ça signifie le désaccord des gens, une manière de dire « je n’ai pas envie de prendre part à un truc aussi nul » ». Une jeunesse sans langue de bois; voilà ce que l’on peut penser en voyant Florian.

« Mais au final, la présidentielle c’est un peu comme les vacances: toi tu veux aller en Espagne, tes potes en Irlande, et vous finissez dans le Vaucluse » blague Florian, pour illustrer ce que sera le futur schéma présidentiel de la France.

Le vote blanc, une alternative à ne pas négliger 

Une chance avec ses limites, c’est ainsi que Laura, 22 ans, voit le droit de vote. Ce bémol se ressent au niveau de la problématique du vote blanc en elle-même: « Je ne trouve pas que ce soit assez bien fait, et justement je considère qu’il devrait être pris en compte! » s’explique-t-elle. En un sens pour cette étudiante en droit, si la majorité y pense, cela démontre de manière explicite que quelque chose cloche. Cela devrait donc  entrainer un certain changement conséquent. « Car bon, au final, tu te retrouves comme un con avec deux candidats qui ne te plaisent pas forcément » rajoute la jeune femme, en abordant le sujet divisé du « vote utile ». Pour elle, c’est pareil: « si le vote blanc était reconnu, il n’y aurait pas besoin de voter stratégique ».

 Et en terme de revendications, Laura s’y connait: elle a notamment participé à l’élan de contestation entrepris il y a quelques mois, face aux problèmes liés à l’Ormeau de Tarbes. Rappelons que de nombreuses journées de grèves avaient été entrepris par le personnel. Mais ce sont également les études de droit l’ont aidé à « penser politique ».

Si ce n’est pas la première fois qu’elle vote, il s’agit toutefois de sa première présidentielle. «En 2012 j’étais encore au lycée, la politique me passait un peu au dessus de la tête. Depuis j’ai mûri, et le droit m’a aidé à comprendre de nombreux éléments: le droit du travail, les mesures économique.. » Si les professeurs apportent un cadre de réflexion du point de vue juridique, les étudiants comme Laura apprennent à se positionner sur l’échiquier politique par eux-mêmes.

 

Au delà du vote, entre inquiétude et espoir 

Pour Michelle et Marjorie, voter à la présidentielle ce n’est pas une première. La première, retraitée de l’enseignement est âgée de 71 ans. La seconde, 46 ans, travaille à la direction des finances publiques. Mère et fille, leurs avis se rejoignent et divergent sur de nombreux points. Elles restent notamment inquiètes pour les prochaines générations. Sur le manque d’intérêt de la jeunesse envers la politique, les deux femmes sont divisées: Michelle est étonnée. En revanche, Marjorie voit la situation d’un oeil différent, et partage son vécu. « Je me suis inscrite sur les listes électorales à âge de 26 ans, je ne voulais pas voter pour des gens qui allaient se foutre de ma gueule. Je connaissais bien l domaine, à l’époque j’étudiais en Sciences Économiques » explique-t-elle.     Cependant,  toutes deux en profitent pour voir au-delà de la présidentielle, et abordent la France actuelle. Avec un résultat indécis, personne ne sait à quoi s’attendre. Les élections reflètent l’état d’esprit des Français : « Nous sommes dans un pays plongé dans une incertitude complète, en état d’urgence de tout » s’afflige Marjorie, qui pense avant tout aux générations futures, elle-même maman de deux enfants. Elle estime même que son rôle de parent diffère de celui de sa mère à l’époque: un monde en mouvement, mais désormais instable. Comme beaucoup, Michelle aussi souhaiterait que les choses changent, ce qui relève désormais d’un « besoin », d’une « nécessité ». Les deux femmes se rejoignent dans l’idée que « l’on est arrivé à la fin de quelque chose ». « Nous arrivons à la fin d’un système économique, le système capitaliste lui-même est en train de s’essouffler: ce qui annonce un changement, il y a toujours eu un changement derrière une crise. Je pense qu’il faudrait sortir du profit et de la rentabilité, et se concentrer sur l’humain » expose Marjorie, prenant ce phénomène hypothétique comme une note d’espoir.

« Finalement, cette élection était clairement folklorique » conclu Michelle, à propos de le campagne, et de la médiatisation engendrée autour. Sa fille, quant à elle, préfère souligner l’aspect marrant, voire divertissant: « On aurait dit les Guignols de l’Info » s’amuse t-elle. Cette dernière délire néanmoins le fait que les programmes soient passés aux oubliettes, au profit des divers scandales politiques, en particulier celui de l’Affaire Fillon.

Entre inquiétude et optimisme, mère et fille aspirent tout de même à mieux pour les prochaines générations, futurs citoyens de demain.

 

Une vision qui évolue au fil du temps 

À 23ans, Bastien vote pour sa deuxième Présidentielle. La vision qu’il se fait de la politique a considérablement changé depuis ces cinq dernières années. Car si aujourd’hui le jeune homme est employé dans une grande surface, en 2012 il étudiait le droit à l’université de Pau. Ses études ont notamment contribué à accroître son intérêt pour la vie politique française. Le problème? « Nous étions un peu formaté dans une pensée précise » se souvient Bastien. Depuis, ce dernier a appris à réfléchir par lui- même. « J’ai suivi les meetings, débats, les émissions politiques.. c’est de cette manière que j’ai pu me rapprocher du candidat qui collait le mieux à mes convictions » raconte l’ancien étudiant, qui s’est forgé une idée qui lui est désormais propre. Aujourd’hui, Bastien prône l’importance du vote pas conviction. « Il faut prendre conscience que, à travers le vote, on se donne une ligne de conduite qui va durer 5 ans » explique-t-il.

S’il regrette la manière dont a été polluée ces derniers mois de campagne, en particulier par la révélation d’affaires sombres, Bastien estime avoir accompli son devoir de citoyen. « Et puis au moins si je ne suis pas content du résultat, je serai légitime de râler, contrairement aux abstentionnistes » ajoute Bastien, les yeux rieurs, accompagné d’une pointe d’humour.

Symphonie de réflexions engagées 

JB Bullet se pose de nombreuses questions à propos de ces derniers mois de politique: allant des avantages que procurerait le vote-banc, en passant par les antonymes vote utile/vote par convictions, finissant par la problématique des jeunes se sentant un concernés par cette actualité. « On tend quand même vers une amélioration de la conscience politique. Mais il est vrai que le nivellement par le bas intellectuel se retrouve dans les urnes » médite-t-il. En faute? La question du paraitre, omniprésente dans cette présidentielle: « J’ai l’impression que les gens ne votent plus pour un programme, mais pour le candidat en lui-même » rajoute-t-il, en feuilletant les diverses brochures des prétendants à l’Élysée. Estimant que la moralisation sur les choix de vote des citoyens n’a pas lieu d’être, l’interrogation ultime se pose à lui. « J’essaie d’imaginer quel candidat je vois faire une allocution en direct du JT d’ici 6 mois » se projette JB.. Tout en sachant, tout de même, qui il ne souhaite pas au pouvoir.

De plus, il faut savoir que JB, a pris l’avion depuis Paris pour revenir voter dans sa ville natale: Tarbes. Ce notaire de profession explique ne pas s’être intéressé au système de procuration. « Se rendre aux urnes suscite un sentiment qui fait que l’on se sent vraiment citoyen » interprète celui qui est également musicien. En effet, son nom ne vous est peut-être pas inconnu: lors des attentats à la liberté d’expression le 7 janvier 2015, JB avait répliqué par sa chanson « Je suis Charlie », rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux. Cependant, cet amoureux de la musique ne souhaite pas être épinglé en tant que « artiste engagé ». C’est en cela qu’il faut dissocier deux facettes: d’un côté la chanson, et de l’autre ses convictions personnelles. « D’une manière, j’ai toujours eu une certaine forme d’engagement » commente-t-il. À 28 ans, JB prend donc part à son troisième vote pour choisir le chef d’État. Trouvant un réel intérêt pour cette présidentielle « quasi hors-norme », ce dernier avoue s’être senti plus impliqué que les fois précédentes. Il souligne notamment le phénomène de la « campagne des réseaux sociaux », ou encore le rôle des journalistes, « ces lanceurs d’alertes, défenseurs ce certaines valeurs » affichant une petite préférence pour la presse indépendante.

Une symphonie de réflexions politiques sur lesquels ce dernier continuera de méditer pour les années à venir.

Propos recueillis par Mélodie Fourcade