Selon une récente étude menée par le Centre régional des lettres de Midi-Pyrénées, il existe 257 librairies indépendantes en Occitanie. Elles sont une vingtaine a se concentrer dans le centre-ville de Toulouse et à essayer de survivre tant bien que mal face à la concurrence d’internet et du livre numérique.

Comment survivre lorsqu’on est une petite librairie ? Une préoccupation quotidienne pour la plupart des libraires indépendants qui doivent faire face à la concurrence des géants de la distribution du livre comme Amazon, Cultura, ou encore la Fnac, mais également à l’essor du livre numérique. Une situation qui fragilise d’années en années les libraires indépendants qui sont d’ailleurs de moins en moins nombreux en France.

A Toulouse le phénomène se fait bien ressentir et les exemples ne manquent pas. La fermeture de « Castéla » il y a 5 ans, la reprise de la Libraire Privat … Aujourd’hui encore la fragilité des librairies indépendantes est une réalité.

Dans la rue Saint-Ursule la librairie spécialiste des arts du spectacle et du cinéma « Oh les Beaux Jours » ne fera bientôt plus partie du décor. En effet dans un mois, son gérant Gilles va mettre les clés sous la porte. « On a fait tout ce qu’on a pu de toute façon, on ne pouvait pas faire mieux » raconte Gilles. Manque de partenariat, manque de soutien, de visibilité. Cette petite librairie paye également le prix de la concurrence directe.

D’ici un mois, Gilles fera ses cartons. Photo DR LA

En effet sur la vingtaine de librairies indépendantes que compte la ville de Toulouse, la grande majorité sont concentrées dans le centre ville. Mais selon Gilles ce n’est pas vraiment le problème. « C’est un peu absurde de parler de concurrence dans le monde de la culture car plus il y a d’offre, plus il y a de richesse. Je pense que c’est plutôt la demande qui a baissé. Les achats de livres sont plus diffus, le cinéma intéresse peut être moins de monde. Il y a aussi la crise économique. La culture, ce n’est pas comme manger, ce n’est pas un besoin vital »

La recherche de la plus value

Assisterons-nous donc petit à petit à la mort des libraires indépendants  au profit d’Amazon? Pas si sûr. En effet si le réseau de libraires indépendant est encore si important aujourd’hui, c’est avant tout grâce à la loi Lang de 1981 qui instaure un prix unique du livre et qui empêche donc les plus gros établissements de pratiquer des prix cassés.

Mais si les librairies indépendantes sont encore débout aujourd’hui, c’est aussi car elles bénéficient toujours d’une certaine authenticité que recherchent les amateurs de lecture. « Moi je préfère me rendre dans une librairie car je peux toucher le livre, regarder les pages à l’intérieur » explique Valérie, cliente de la librairie « A juste Titre » à Tournefeuille. « On sait aussi que ça permet de continuer à les faire vivre, et c’est important ». « Les gens qui viennent dans les librairies, ils recherchent avant tout le contact, le conseil » explique Tatiana, libraire chez Terra Nova dans le centre ville de Toulouse. « Donc au final, ce n’est pas vraiment Amazon notre principal concurrent, mais plutôt les autres librairies même si ce n’est pas vraiment le cas. D’ailleurs nous avons créé une association qui permet de nous entraider ». La librairie Terra Nova fait également café. Selon Yoann, libraire dans un établissement voisin spécialisée dans la BD, ce genre d’initiatives est aussi une autre façon de se démarquer de la concurrence « On sent qu’il y a un mouvement dans les librairies. Elles essayent de s’adapter, de faire en sorte de devenir de véritables lieux de rencontre culturels ».

Boire un café au milieu des bouquins, c’est possible à la librairie Terra Nova. Photo Dr LA

Une passion

A en croire les nombreux libraires du centre-ville de Toulouse, l’avenir n’est donc pas si sombre même si le secteur connaît des difficultés. « Être libraire je dirais que c’est avant tout un métier passion » explique Mathilde, libraire chez Terra Nova. « C’est clair c’est difficile dans la mesure où c’est un métier auquel tu consacres beaucoup de temps, d’énergie et tout ça pour toucher tout juste le Smic. Comme pour beaucoup de métier dans la culture, on ne fait pas ça pour l’argent. Ça demande aussi beaucoup d’investissement, ça ne n’arrête pas aux portes de la librairie car toutes nos lectures, les réflexions que l’on peut avoir sur nos futures rencontres et animations, ce sont des choses que l’on fait en dehors de notre temps de travail ».

Alors les libraires connaîtront-ils le même sort que les disquaires ? Une chose est sûre, ils n’ont pas encore dit leur dernier mot.