» Je ne suis pas heureuse d’aller travailler, j’ai la boule au ventre quand je me lève, parfois, je n’en dors pas ! Se réveiller à 2 heures du matin, en se grattant partout à cause des nerfs et du stress … Je n’en peux plus, il faut que je me sorte de là »

Frédérique travaille depuis 4 ans dans une société de nettoyage, la pénibilité de la tache l’amène à avoir des horaires de travail peu pratique. De 5h30 à 13h, et même parfois jusqu’à 17 heures. Un boulot répétitif et fatiguant, qui entraîne des douleurs physiques.  » J’ai eu des douleurs physiques oui, une tendinite au bras. À cause des gestes répétitifs, c’est aussi pour ça que j’ai ralenti le rythme «  explique-t-elle. Son travail ne la satisfait plus, et Frédérique souhaite changer de milieu au plus vite. Pour elle, le déclic est venu de sa famille. Irritable et peu agréable, son entourage l’a confronté, et aujourd’hui, ils lui apportent leurs soutiens. Sans eux, elle ne se serait pas rendu compte de son besoin si pressant de changer de métier. « Quand ça ne va pas au boulot, ça ne va pas non plus à la maison. J’étais affreuse avec ma famille, je n’étais pas agréable, j’étais tout le temps agressive et fatigué. Tout s’est répercuté sur mon entourage, je leur faisais la gueule, alors qu’ils n’y sont pour rien. À un moment donné, quand on te met la pression et que ton entourage te dit de te bouger, c’est là que tu commences à réfléchir à ton avenir. Je pense que s’ils n’avaient pas été là, j’en serais arrivé au burn-out » explique la jeune femme.

Le burn-out, un mot qui revient fréquemment dans notre langage, mais savons-nous vraiment ce qu’il en est ? Est-ce un terme que les médecins et les patients utilisent à tir-larigot, ou bien est-ce réellement le nouveau mal de notre génération ?

Le psychologue Jean-Emmanuel Boulissiere, spécialisé dans la psychologie de la souffrance au travail, nous livre sa définition du burn-out. Selon lui, les personnes sont « brouillées » de l’intérieur, et elles se protègent avec une carapace. « Il y a un état de sidération, la personne perd ses repaires, et déraille par la suite. Vous savez comme quand vous marchez tout droit, mais en direction d’une impasse… Le burn-out, c’est un peu ça » explique le psychologue. Il faut le dire, le terme est moins tabou de nos jours, les gens arrivent à verbaliser cet état d’esprit. Mais trop peu, encore, se dirigent vers les professionnels adaptés. « Je préciserai qu’une personne en burn-out devient une proie et notamment vis-à-vis des personnalités ayant des traits de perversité. Elles sont, par la suite, rapidement harcelées une fois abattue par le stress. C’est un cas qu’il ne faut pas laisser de côté, il faut en prendre compte » conclu M. Boussiere.

De l’épuisement professionnel au burn-out, il n’y a qu’un pas

On sait, ou du moins on comprend un peu mieux à présent ce qu’est le burn-out. Mais à présent savons nous d’où ce terme vient ? Les prémices du mal-être professionnel viennent du psychiatre français Claude Veil. Il a introduit le concept d’épuisement professionnel dans l’histoire médicale en 1959. Puis, le terme de burn-out professionnel est arrivé grâce à Herbert Freudenberger, le psychanalyste allemand. C’est en 1971 que le psychanalyste a utilisé ce terme, pour décrire la perte d’enthousiasme de bénévoles consacrant leur temps à aider des usagers de drogues dures.

Selon l’enquête de l’institut Think pour Great Place to Work, près d’un salarié sur deux se dit confronté à des situations de burn-out, ou à des niveaux de stress très importants. Toujours d’après l’institut Think, le burn-out touche 150 000 cas par an, voici quelques chiffres pour se rendre compte du phénomène.

 

 

 

 

Parmi ces deux salariés sur dix, qui confient être concernés par le burn-out, un profil se dégage et le psychologue Jean-Emannuel Boulissiere a une petite idée. D’après lui, le profil type, s’il peut y en avoir un, serait celui d’un quadragénaire, avec un poste à responsabilité comme un cadre par exemple. Selon lui, les hommes ne sont pas forcement plus touché que les femmes, il y a un certain équilibre. L’élément clé dans ce profil, c’est la charge des responsabilités et/ou des taches. « Il m’arrive aussi d’avoir des étudiants, ce profil n’est pas fermé » ajoute-t-il. L’étude de l’institut Think pour Great Place to Work, confirme les paroles du psychologue, et révèle une légère tendance de burn-out chez les femmes (53%).

 

 

Maintenant que l’on sait ce qu’est un burn-out, l’interrogation qui s’impose d’elle-même, c’est : quels sont les signaux d’alerte ?

Toujours d’après le spécialiste de la souffrance au travail, M. Boulissiere, certains signaux sont plus faciles à repérer que d’autres. « C’est assez variable, mais souvent, on retrouve une sorte de lassitude, de la fatigue, et plus aucune envie de partir travailler le matin… Ce sont les signes que l’on voit le plus souvent, et le plus facilement » explique J-E Boussiere. On retrouve aussi, fréquemment, des problèmes relationnels avec l’entourage pro et perso de la personne. Cybelle a perdu l’envie de travailler, et c’est l’un des signaux d’alerte. « Quand ça ne va pas au travail, tu dors mal, tu en parles tout le temps et ça prend toute ton énergie. Je suis maman aussi, après mes heures de boulot, j’en ai un autre qui m’attend à la maison. L’ambiance en famille se dégradait et quand j’ai vu que je transférais mes frustrations et ma déprime sur ma famille, je me suis dit stop. Il fallait que je fasse une pause » raconte-t-elle.

Autre symptôme, la difficulté à prendre une décision. Ne vous inquiétez pas, l’hésitation et la longue attente avant la prise de décision au restaurant n’entre pas en jeu. Mais si vous avez du mal à prendre une décision dans votre travail, régulièrement, et en accumulation avec d’autres soucis, parlez-en autour de vous. Puis, dans les signes d’alertes, rentre en compte les symptômes un peu plus préoccupants, comme les vertiges, les maux de tête, la perte d’appétit ou encore les nuits blanches.

Mais attention, si vous êtes à bout au bureau, il y a de fortes chances que vous soyez exécrable à la maison. On est rarement un bon médecin pour soi-même. C’est plutôt aux collègues ou à l’entourage qu’il revient d’alerter la personne sur ce qui se passe. Le burn-out est une spirale, un piège.

« Je pense que c’est un vrai travaille d’enquête pour aider une personne en situation de burn-out. Déjà, il faut s’entretenir avec elle pour diagnostiquer ou pas le burn-out. Ensuite, on met en place des séances, mais déjà au bout de la première, les gens vont un peu mieux « , explique le psychologue Boussiere. Il ne faut pas oublier que la sensibilité des gens rentre en compte. En effet, quelqu’un de plus sensible ne va pas gérer le stress de la même façon qu’une autre, et donc il faut trouver une solution adaptée. « Pour ma part, ma technique si on peut dire, c’est de faire beaucoup d’entretien afin de cerner au mieux la personne. Mais une fois de plus, tout dépend du caractère et de la sensibilité » ajoute M. Boussiere.

Cybelle et Frédérique, ont-elles, leur propre solution pour s’en sortir, ou du moins continuer à avancer. Frédérique recherche activement un nouveau travail, tant dis que Cybelle, devient la présidente de son syndicat. Elles veulent toutes les deux changer leur mode de vie au travail, de façon différente. L’une a trouvé la force de combattre, l’autre a décidé de ne plus ruiner sa vie à ce travail. Chaque caractère nous pousse à nos actions. Elles n’ont pas ressenti le besoin de consulter, cependant, elles ne sont pas contre une oreille tendue. C’est ce qu’a vite compris Karine Fery, fondatrice d’une plateforme en ligne pour venir en aide aux personnes en souffrance au travail. Une manière encore différente de combattre ce mal.

« Rompre la solitude, être à l’écoute et être bienveillant »,

C’est la ligne de conduite de cette nouvelle plateforme d’écoute créé par Karine Fery : « Sos au travail ».  Elle souhaite venir en aide à ceux qui traversent une période de mal-être professionnel. « Sos au travail », est une plateforme de mise en relation et d’information. Karine l’a créé en octobre 2016 et depuis, elle et ses deux collègues guident les personnes dans le besoin. Une permanence téléphonique est mise en place et accessible jusqu’à 20h30, afin de pouvoir échanger avec un coach ou bien un bénévole, qui est prêt à écouter et aider la personne. Cette permanence permet d’apporter un premier soutien à l’individu en demande d’aide, mais aussi de le mettre en relation avec des professionnels. Lors d’un appel, la première étape est de définir la problématique, et de lui apporter une écoute attentive et bienveillante. Ensuite, la personne est mise en relation avec un professionnel ou plusieurs professionnels, l’objectif étant de définir les étapes à suivre avec l’individu. « L’objectif, c’est de ne pas rester seul », explique la fondatrice, Karine. En janvier 2017, l’organisme a reçu plus de 200 appels. « La guérison n’est pas miraculeuse après un appel, mais on fait notre maximum pour les aider et les orienter au mieux », explique Karine. 

De plus en plus les termes de bien-être ou qualité de vie au travail apparaissent sur le web. Ce sont plus que jamais des thématiques essentielles pour les salariés, pour les chefs d’entreprises, ou encore pour des professions libérales surmenées. Le stress est certainement à l’origine de la plupart des maux. Chacun détermine son seuil acceptable et sa zone de confort. Cybelle et Frédérique ont atteint leur seuil de stress acceptable et font de leur mieux pour aller de l’avant.

Ne plus pouvoir contrôler son environnement, ses horaires, son efficacité,  le seuil de l’épuisement n’est plus très loin, le burn-out nous attend au tournant. Il convient, à ce stade, de trouver un soutien, un accompagnement pour ne plus rester seul face à cette impuissance.