Pauline Prade et Laurie Saurat partagent un point commun, celui de pratiquer depuis plusieurs années le softball à haut niveau en France. Descendant direct du baseball, cette discipline très populaire aux Etats-Unis peine à s’exporter dans l’Hexagone. Pauline, internationale française et championne d’Europe en 2015 avec le club des Comanches de Toulon et Laurie ancienne pensionnaire du Pôle France reviennent pour la rédaction du 24heures sur le faible développement de leur discipline. 

Quel est votre parcours dans le softball ? 

Pauline Prade : « J’ai 24 ans et j’évolue actuellement avec le club des Comanches (Toulon). J’ai commencé le softball en 2008 chez les French Cubs (Chartres) avec lesquels j’ai joué une saison de softball mixte. En effet, l’effectif féminin ne permettait pas de constituer une équipe, le softball mixte était la seule option pour pratiquer l’activité. En 2009, j’ai rejoint la structure du Pôle France située à Boulouris (Var) en tant qu’interne pour y passer mon bac et y suivre mes études universitaires. Aujourd’hui je suis toujours sur la structure, mais j’ai quitté l’internat pour prendre un appartement et gagner en indépendance. Depuis 2010, je suis en Equipe de France. J’ai commencé par les U19, puis les U22 et fini par intégrer le collectif Sénior depuis 2013. Dans le même temps, avec mon club actuel, j’ai participé à plusieurs Coupes d’Europe, avec un titre de Championne d’Europe en 2015. »

Laurie Saurat : « J’ai 23 ans et je joue au club des Web’s à Noisy-le-Grand (93). J’ai commencé le softball à l’âge de 16 ans au club de Toulouse le Stade Toulousain baseball et softball (STB). En 2011, j’ai intégré le Pôle France Softball au Creps de Boulouris dans un encadrement de sport/étude. J’ai joué sous les couleurs du pôle durant cinq ans. En 2015 et 2016, j’ai participé à deux coupes d’Europe avec le club Les Comanches de Toulon. Depuis septembre, je joue au club de Noisy. »

Laurie Saurat lors d’une partie de Softball

Qu’est-ce qui vous a poussé à opter pour ce sport ?

Pauline Prade : « Après plusieurs années dans différents sports, je suis arrivée à l’équitation. Cinq ans de pratique m’ont fait découvrir la discipline et j’ai subitement eu besoin de toucher à un autre sport. Je me suis souvenue d’une initiation baseball au collège, et je n’ai pas eu à chercher longtemps quel sport je voulais faire. Par chance, et je l’ai appris plus tard, un club se situait à 15 minutes de chez moi. Une chance car c’était le seul du département. En se renseignant pour faire un essai, j’apprends que je ne peux pas faire de baseball, car à partir de 16 ans, les filles ne peuvent plus jouer avec les garçons, et c’est vers le softball qu’elles sont dirigées. Ne connaissant pas la discipline, c’est avec beaucoup de curiosité que je me suis rendue aux premiers entraînements. L’accueil chaleureux et l’ambiance familiale régnant dans le club de Chartres m’a décidé à rester, ainsi que la qualité des conseils, entraîneurs et coéquipiers qui m’ont apporté mille et une chose. »

Laurie Saurat : « Au collège, en cours de sports, on faisait ce qu’ils appelaient du « baseball », or c’était du softball. J’ai vite pris goût à ce sport atypique et dès la rentrée qui a suivi, je suis allée faire un essai au STB et depuis je n’ai plus lâché une balle. »

Quelle est la différence entre le baseball et le softball ?

Pauline Prade : « Les différences sont au nombre de quatre :

  • La balle : au baseball, elle est blanche et petite, au softball, elle est un peu plus grosse et jaune. Il ne faut pas se méprendre, la balle de softball n’a rien de « soft » !
  • Le terrain : Les distances entre deux bases, au baseball est de 27 mètres et la distance entre le lanceur et le frappeur est de 18 mètres. Au softball, il y a 18 mètres entre les bases et 13 mètres entre la lanceuse et le frappeur. Le terrain dans son ensemble est également plus petit qu’au baseball, ce qui rend le jeu beaucoup plus rapide et donc plus intéressant.
  • Le type de lancer : au baseball, le lanceur délivre la balle en lançant au-dessus de l’épaule (comme un tir au handball..) alors qu’au softball, la lanceuse fait un moulinet vers l’arrière et délivre la balle sous la hanche.
  • La batte : La partie servant à frapper la balle (= le baril) au baseball est plus petite, alors qu’au softball, le baril est plus allongé.

Ce sont les principales différences entre le baseball et le softball. Il y en a d’autres au niveau du règlement, mais ce sont des subtilités à connaître lorsque l’on pratique. Autre différence à connaître, le softball peut être pratiqué en féminin, en masculin et en mixte, alors que le baseball est principalement masculin, bien que depuis quelques années les femmes sont autorisées à jouer avec les garçons après 16 ans. Toutefois, ce n’est pas très répandu. Il existe également des équipes de baseball féminin, des Championnats d’Europe et du Monde, mais la pratique n’est pas répandue en France. »

Il faut augmenter notre nombre de licenciés et démocratiser la pratique

Le baseball et le softball sont des sports très populaires aux États-Unis, mais ils ont encore du mal à se faire un nom en France. On n’en parle que très rarement dans les grands médias français, pourquoi selon vous ?

Pauline Prade : « La pratique n’étant pas connue, il est difficile d’en parler. Mais si personne en parle, elle ne sera pas connue.. Le baseball/softball se trouve dans un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir par manque de communication autour des pratiques. Et pourtant, depuis que je suis dans la discipline, j’ai noté des améliorations dans la tentative de développement de ces sports. Des interventions en écoles se font de plus en plus, des stages sont proposés, les médias locaux parlent des différents clubs. Mais tant qu’au niveau européen, puis mondial la France n’aura pas de résultats, il sera difficile de faire parler de nous. Pourquoi parlons-nous tant du handball français aujourd’hui ? Parce qu’il y a plusieurs années, une équipe de Barjot à marquer l’histoire, une histoire qui est perpétrée aujourd’hui encore.. Je pense qu’il nous manque ce déclic pour pouvoir avec une place dans les médias, augmenter notre nombre de licenciés et démocratiser la pratique. »

Laurie Saurat : « Selon moi, c’est un manque de prise de risque (sans vouloir blesser). Je comprend que les audiences risquent de prendre un coup avec une diffusion d’un match de softball ou de baseball, ne connaissant pas les règles les téléspectateurs risquent de fortement s’ennuyer, mais il y a des alternatives à ça comme par exemple des commentateurs spécialisés qui sauront donner envie de voir et de suivre. Un match de softball peut durer 1 heures comme 3 heures, mais les pubs sont facilement programmables entre chaque manche ou demi-manche. J’espère qu’avec le retour du softball et du Baseball aux JO, nos chaînes françaises rediffuseront les rencontres et que cela permettra aux gens de découvrir ces disciplines. »

 

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Pour vivre uniquement du Softball, il faut forcément aller jouer aux Etats-Unis ? Ce n’est pas possible en France ?

Pauline Prade : « Vivre du softball en tant que joueuse, en France, c’est impossible. Lorsqu’on évolue en équipe nationale, on est inscrite sur les listes de Sportifs de Haut-Niveau du Ministère. Cela nous donne certains avantages, mais ne nous donne en aucun cas une rémunération. Notre fédération n’est pas assez conséquente pour faire signer des contrats pro aux joueuses/joueurs, mais nous touchons tout de même des aides personnalisées, une fois dans l’année, ce qui est déjà bon à prendre. Les Etats-Unis, mais également le Japon proposent des contrats professionnels, là encore les places sont chères et la concurrence est rude. »

Vous pensez que c’est un sport qui va encore se développer en France à l’avenir tant sur le plan sportif que médiatique ? 

Pauline Prade : « C’est un sport qui n’est pas vraiment développé, donc oui, il ne peut que se développer, en multipliant les interventions auprès des jeunes, et créant des liens avec les presses locales, en communiquant un maximum. De là à ce que la pratique se professionnalise.. C’est beau de rêver, mais ce n’est pas l’objectif, ni la priorité de la fédération. »

Laurie Saurat : « Sur le plan sportif, je n’en doute pas, avec l’ouverture d’un championnat universitaire, et le développement que font beaucoup de clubs au niveau des plus jeunes dans les écoles, les centres de loisirs. Sur le plan médiatique, je pense qu’il y a encore du chemin à faire pour qu’un championnat d’Europe soit retranscrit à la télévision, pour voir nos équipes nationales (softball et baseball) représenter haut nos couleurs face aux grandes nations européennes. »