Depuis plusieurs années, la France connaît un regain de nationalisme teinté de racisme et d’islamophobie. Et chez certains jeunes, la tentation de l’extrême droite se fait forte. Rencontre avec Nicolas, nationaliste et membre du mouvement Génération Identitaire.

Initialement prévu dans un bar, le lieu de la rencontre avec Nicolas est finalement modifié par le jeune homme au dernier moment. Ça sera dans son appartement du centre-ville de Toulouse. La décoration donne le ton, ici place au drapeau français, à plusieurs crucifix, des posters du Bloc Identitaire et d’autres goodies du même genre et des livres, très nombreux sur Poutine, l’histoire de France évidemment ou encore de différents auteurs d’extrême droite. Sur la table, du vin rouge, du saucisson et du pain. La pure tradition française, de quoi embellir les clichés sur notre pays. Nicolas, 21 ans, le ventre rebondi et les cheveux bruns courts n’en a cure et l’assume, le geste est volontaire et symbolique. Étudiant en première année de journalisme, il parle avec une voix ferme, réajuste souvent ses lunettes et sait choisir ses mots, jouant avec les sous-entendus et semble avoir préparé cette interview.

« Chassons les islamistes », le mot d’ordre de Génération Identitaire

Du tac au tac, il raconte son premier souvenir politique : « c’était très tôt, j’avais 6 ans et c’était à l’entre deux tours de la présidentielle de 2002. Un jour lors d’une sortie de classe, dans le bus, la prof a demandé où on voudrait aller si Jean-Marie Le Pen passait. Tout le monde a donné des pays différents, mais j’ai été le seul à dire la France », raconte-t-il. Le 21 avril 2002, à la stupeur général, Jean-Marie Le Pense se retrouve en effet au second tour de l’élection présidentielle, au détriment de la Gauche. Un évènement qui avait alors marqué tous les Français, provoquant de nombreuses discussions sur le sujet. Encore trop jeune pour s’intéresser à la politique, il reste toutefois marqué par cette question qu’il ne comprend pas et en grandissant, porte un intérêt marqué sur la société et l’actualité. « En 2007, durant la campagne présidentielle, j’étais en 6e et j’ai été touché par le discours anti-racaille de Nicolas Sarkozy et de Jean-Marie Le Pen, mais quand t’es dans le système scolaire, on t’a toujours appris que Le Pen, c’était le méchant donc j’étais plus Sarkozy », explique Nicolas avant de préciser. « À l’époque, j’avais une approche très primaire de la politique, mais j’ai été touché, car j’étais dans un collège de ZEP à Tours et il y avait beaucoup d’étrangers et de problèmes ».

Violence et rencontres décisives 

Le jeune Nicolas passe au lycée et continue à apporter une importance croissante à la politique et à l’observation de la société, tout en ayant une impression de ne pas être à sa place et de voir la France bafouée. « J’ai un souvenir, c’était en 2010, l’Algérie venait juste de se qualifier pour la Coupe du Monde et au collège, certains étaient venus avec le drapeau algérien », se remémore-t-il. « Je ne trouvais ça pas normal et du coup, je me suis battu avec l’une de ces personnes et j’ai réussi à lui voler son drapeau et partir avec. Je voulais le brûler, mais je n’ai pas eu le temps », précise-t-il. Une volonté de défense de la France, selon lui, qui considère qu’en France seul le drapeau français devrait être brandi. Et quelque temps plus tard, l’engagement de Nicolas va prendre tout son sens. « Je me suis engagé à l’âge de 15 ans dans la première force patriote d’Indre-et-Loire, Vox Populi. Je me suis engagé au départ comme simple sympathisant, j’allais à leur manifestation par exemple puis je me suis impliqué dans cette association », narre le nationaliste. « Ce qui m’a fait déclic, c’est de voir des jeunes de mon âge qui ont les mêmes idées que moi et ça déjà ça motive et ça rapproche. Il y a eu de la formation, de la formation intellectuelle et militante, de la formation combattante aussi, dans le sens de militant, car un militant, c’est un soldat politique ».

L’idéologie de Nicolas résumée en une affiche qui occupe un mur de son salon./photo: Alan Bernigaud

Nicolas poursuit cette formation, apprenant à militer et l’histoire de France ou de l’Europe, mais avec une vision partisane pendant quelques années puis à 18 ans, il quitte Tours pour faire ses études à Toulouse. Il en profite alors pour s’engager encore plus. « En arrivant ici, je m’engage au Front National où je milite, mais au moment de la campagne pour les régionales, je quitte le parti, au bout de deux ans à peu près ». Pourquoi ? « J’avais déjà pris mes distances, mais je ne me sentais pas forcément à ma place dans le sens où à mon goût, il manquait de la formation, intellectuelle encore une fois et militante aussi », indique-t-il. « Les jeunes du Front National collent des affiches, tractent, mais j’estimais qu’à 20 ans, on n’était pas encore assez apte pour se passer de la formation. La politique, c’est aussi savoir adapter sa vie à ses idées, être cohérent, savoir, s’exprimer, parler aux gens, savoir faire des coups de communication, savoir d’où viennent les traditions, savoir les armoiries de notre drapeau, etc, la formation apporte une certaine richesse, un certain recul sur les discours, même de l’autre camp et ce n’était pas assez présent au FN. Cela dit, si j’ai quitté le Front National, je reste aux côtés du Front National sans en faire partie, je suis à côté et aux côtés en même temps », développe Nicolas qui préfère rester vague sur ses activités d’aujourd’hui. Toutefois, il le concède, il appartient maintenant au mouvement Génération Identitaire qui a fait de la lutte contre l’Islam son principal objectif et qui est réputé pour son ultra-violence et ses valeurs très traditionalistes. Nicolas a ainsi fait partie du service d’ordre de la Manif pour Tous lors de rassemblements du mouvement catholique intégriste et il est aussi rédacteur pour le site Infos-toulouse.fr, média dit d’information, mais surtout essentiellement partagé par les réseaux du Bloc Identitaire.

Football, famille et justice

La violence, le jeune Nicolas a versé dedans rapidement, même s’il ne l’aborde que très vite durant l’interview, il avoue avoir été en garde à vue plusieurs fois, notamment pour violence, une situation que ses parents n’approuvaient pas. « J’ai été élevé dans une famille de gauche, ma mère était au Parti Socialiste et mon père à Lutte Ouvrière. Un jour, je suis allé me battre avec des gars d’extrême gauche, mon père les connaissait, il en a pris plein la gueule pendant une semaine par ses collègues », révèle celui qui se dit patriote, « ce n’était pas simple avec mes parents, ils ne comprenaient pas pourquoi je pensais comme ça au début, maintenant ça va mieux, j’ai au moins réussi à leur faire admettre les constats des échecs passés de la gauche et de la droite ». Acceptant de parler de beaucoup de sujets, Nicolas n’aborde toutefois pas ses problèmes avec la justice, forçant à faire des recherches pour en savoir plus. Aujourd’hui, il s’en est toujours sorti avec des rappels à l’ordre, mais n’est pas un sain pour autant, versant dans la violence dans le football aussi, en appartenant durant ses années à Tours au groupe hooligan Turons 1951. Un groupe de supporter réputé pour son extrême violence. Nicolas apparait d’ailleurs sur plusieurs photos du groupe, en faisant des saluts nazis et entouré de supporters habitué des affrontements avec des groupes de supporters dits antifascistes. 

Les Turons 1951 avec Nicolas, torse nu et le bras levé au dessus du 9. Capture d’écran d’un article lui étant consacré sur le site antifasciste fafwatchmp

Nicolas, ancien du Front National, aujourd’hui, membre de Génération Identitaire et sensible à une idéologie xénophobe, se cache toutefois derrière des allures de monsieur tout le monde, bien habillé et bon orateur. Car non, derrière l’extrême droite ne se trouve pas que des skinheads avec des tatouages de l’OAS et le crâne rasé.