« Bang », « Grinder », « Vaporisateur » … Les accessoires pour fumeurs peuvent aujourd’hui se trouver très facilement en France dans des boutiques spécialisées et parfois même dans les bureaux de tabac. Une situation un peu paradoxale quand on sait que dans la majorité des cas ces objets sont utilisés pour la consommation de cannabis, pourtant illégale en France. Mais alors qu’en est-il d’un point de vue légal ?

C’est bien connu, la France est un des pays européens où l’on consomme le plus de cannabis. Une consommation illégale, mais qui s’intensifie depuis plusieurs années et notamment chez les jeunes qui adoptent parfois des modes de consommation bien différents du traditionnel « joint », en expérimentant des accessoires comme la pipe à eau (aussi appelé « bang ») qui permet une absorption plus brutale du cannabis, avec des effets plus rapides et plus prononcés ou encore le vaporisateur qui permet au consommateur d’inhaler la vapeur du produit sans combustion.

Une pipe à eau vendue dans un smoke shop toulousain. Photo LA

On pourrait penser que ce genre d’objets se trouve très difficilement, si ce n’est à l’étranger ou sur internet. Mais paradoxalement, il est très facile de s’en procurer en France, et même à Toulouse ! Il suffit de se rendre dans n’importe quelle boutique spécialisée dans la vente d’articles pour fumeurs comme il en existe dans le centre-ville. Dans ces « Smoke-Shop », les clients peuvent faire leur choix parmi une large gamme d’accessoires, allant des simples briquets rouge/jaune/vert et feuilles à rouler « Bob Marley » jusqu’aux grinder, pipes à eau et autres vaporisateurs dont les prix varient parfois jusqu’à plusieurs centaines d’euros. Il est même possible d’acheter directement des graines ! Et tout ceci de façon légale.

« Il n’y a aucun produit illégal ici. Nous ne vendons pas de produits pour une utilisation illicite, tous ces accessoires sont destinés à la consommation de tabac »

Julien*,  vendeur dans un « Smoke Shop » du quartier St Cyprien à Toulouse (prénom modifié)

Des accessoires pour tous les goûts. Photo LA

Et c’est là que se trouve la faille du système. Si tous ces articles peuvent être vendus en France malgré l’interdiction du cannabis, c’est avant tout parce qu’ils sont destinés à être utilisés avec du tabac. Les consommateurs détourneraient donc l’utilisation première de ces accessoires en s’en servant pour consommer du cannabis. Mais qu’en est-il alors pour les graines qui peuvent servir à faire pousser du cannabis chez soi ?

« Ce sont des graines de collection qui ne sont pas destinés à la culture. Nous rappelons toujours aux clients qu’il est formellement interdit de les faire germer sur le territoire français »

Marie*, vendeuse dans un « Smoke Shop » du centre-ville de Toulouse

Ainsi vous l’aurez compris, il s’agit pour ces boutiques de faire comprendre à chaque client qu’il est responsable de l’utilisation qu’il fera de ces produits. Même si bien-sûr ils ne sont pas dupes et bien conscients que la majorité de ces objets sont par la suite utilisés à des fins illicites. « Il y a quelque part un peu d’hypocrisie au niveau de la législation » explique Larry. « Les pipes à eau en fait c’est considéré comme une chicha, les grinder servent à mélanger le tabac, et on vend même des sucettes aromatisées au chanvre mais tant qu’elle ne contiennent pas de THC, c’est légal. Mais quand même j’essaye toujours d’avoir une démarche préventive. Quand je vois un mec complètement ramolli qui vient m’acheter une pipe, je me doute bien qu’il va fumer du cannabis avec et je lui explique qu’il vaudrait mieux éviter ».

Une appréciation laissée aux forces de l’ordre

Si ces accessoires sont vendus en toute légalité dans des boutiques, il va de soi qu’il est donc impossible de se faire arrêter par la police si l’on en possède un. C’est en tout cas ce que l’on nous assure du côté de la brigade des stupéfiants du commissariat central de Toulouse. « Ce qui est illégal c’est la consommation ou la vente de drogue. Si vous n’êtes pas en possession de cannabis, vous ne pouvez pas être interpellé ». Joint par téléphone, une policière de la brigade du commissariat Nord de Toulouse semble pourtant avancer une autre version. « C’est pas parce que l’on a acheté l’objet dans une boutique que c’est forcément légal ». « Dans la mesure du possible quand il s’agit d’un grinder en général on le restitue » explique quant à lui un policier municipal en patrouille dans le centre ville de Toulouse.

Au final il semblerait donc que ce soit au policier d’apprécier si oui ou non l’objet est susceptible d’être utilisé pour une consommation de cannabis. Pour cela il lui suffit de regarder si l’accessoire contient des particules de cannabis, ce qui peut suffire parfois à conduire à une interpellation pour consommation de stupéfiant.