Camille Ichanjou est devenue samedi 4 février vice-championne de France nationale de triple saut en salle, l’équivalent de la deuxième division française. Un retour sur les podiums nationaux pour l’athlète licenciée au Blagnac sporting club (BSC) après 4 ans d’absence. Une trop longue attente pour la sauteuse entraînée par Pierrick Chamayou.

Elle l’a fait ! Après une saison hivernale compliquée, Camille Ichanjou est devenue vice-championne de France de triple saut en salle avec 12m58 réalisés à son dernier essai. Elle qui arrivait sans certitudes à Lyon avec la dixième performance des engagées repart finalement avec la médaille d’argent.
C’est un soulagement pour l’athlète licenciée au Blagnac SC. Et pourtant, elle qui s’entraîne cette année à Lyon n’était pas vraiment favorite pour le podium. « J’arrivais sur la compétition sans aucun repère. Je n’avais réalisé que 11m89 en salle cet hiver. Et je n’ai pas pu beaucoup m’entraîner ces derniers mois« , débute la jeune femme de 22 ans.

« Sans repères »

Camille mène en effet deux projets de front : ses études de commerce la journée et les entraînements le soir. « Encore, quand je suis à l’école, les cours peuvent se rattraper. Lorsque je pars en stage professionnel, c’est vraiment beaucoup plus compliqué. J’essaie un peu de composer avec mes employeurs pour arriver plus tôt le matin et partir plus tôt le soir pour m’entraîner. Mais j’ai survécu à la classe prépa, donc il ne peut plus rien m’arriver ! »,

Camille lors d’une compétition estivale./ Photo Camille Ichanjou

ironise la triple sauteuse. « Et puis ça me donne une source de motivation supplémentaire par rapport à certains, qui délaissent leurs études pour se consacrer à l’athlé. Je sais que ça ne me fera pas vivre, et il faut un équilibre de vie je pense. Ce n’est pas évident au quotidien, mais quand je suis sur la piste, je suis d’autant plus motivée ».
Cette année, elle effectue une année de césure, complètement réservée à deux stages pros de six mois. « Je suis partie en septembre au Luxembourg. Là-bas c’était vraiment dur. Je devais m’entraîner seule. Et en hiver, les températures atteignaient les -10 degrés ! Autant dire que ça ne donne pas forcément envie de sortir pour souffrir. »
Ces conditions ne sont pas non plus idéales pour son entraîneur de toujours, Pierrick Chamayou. « Quand elle était en stage au Luxembourg, je lui envoyais ses séances par mail chaque semaine. En fonction des retours qu’elle me faisait, je savais où elle en était. Camille, je la connais par coeur. Mais ça reste peu évident comme situation. »

Deux coachs

Durant les fêtes, Camille et Pierrick se sont retrouvés pour une courte durée. Car à peine le temps de célébrer Noël et le jour de l’an (et faire quelques crochets par la piste de Blagnac) qu’elle devait déjà repartir en direction de… Lyon, pour un deuxième stage pro. « La première semaine, il a fallu que je m’installe, trouve un appartement, et je n’ai pas pu aller sur la piste. Ensuite, j’ai intégré le groupe d’entraînement de Zoran Denoix-Gvozdenovic, le coach de Teresa Nzola (recordwoman de France du triple saut). Et on a pu travailler sérieusement la technique pendant cinq semaines. »
C’est en effet l’une des disciplines de l’athlétisme les plus techniques. L’athlète doit enchaîner un cloche-pied, une foulée bondissante et un saut qui arrive dans le sable. Un enchaînement qui se fait à vitesse importante, avec des chocs potentiellement violents sur les reprises d’appuis au sol, et qui nécessite une préparation physique importante.

Supporters

« Mentalement, je n’avais pas vraiment de pression. En plus, c’était ‘à domicile’, du coup j’avais une équipe de supporters : mon groupe de Lyon, mes deux entraîneurs, Mathilde, une copine d’entraînement de Blagnac elle aussi qualifiée, et quelques gens de ma famille. Cela m’a bien servi pour me motiver« , se rappelle Camille Ichanjou.
Du côté du coach en revanche, le concours a été plus difficile à vivre. « C’était vraiment particulier, livre Pierrick Chamayou. Elle avait son coach de Lyon avec qui elle avait fait toute la préparation, donc je voulais vraiment rester en retrait, intervenir le moins possible. Même si je la connais par coeur et que c’est très frustrant« , explique le Toulousain.

Sur le premier saut, le manque de compétition se fait ressentir. « Sur les trois premiers sauts, j’assure le deuxième à 12m20 et parvient à me qualifier pour trois essais supplémentaires. Mais je sens que je ne suis pas vraiment bien, que je suis un peu perdu dans mon geste« , analyse à froid la Blagnacaise. Elle est tout de même à la quatrième place, et le podium semble jouable. « Après le quatrième essai, je sens qu’elle est un peu perdue, et c’est là où je me décide d’intervenir pour la seule fois du concours. Elle vient me voir, je la rassure, lui donne deux ou trois conseils techniques. Après, c’est à elle de jouer » explique Pierrick Chamayou.

Camille Ichanjou et son entraîneur Pierrick Chamayou./ Photo CI

« Horrible d’attendre ! »

Finalement, Camille parvient à se lâcher. « Au cinquième essai, je demande le soutien du public, et passe 12m40. Mais je sentais que je pouvais mieux faire. A ce moment-là je suis deuxième et sens que je peux aller chercher la première. Il fallait ‘lâcher les chevaux’ comme on dit. » Dans les tribunes, son entraîneur de toujours y croit de plus en plus. « Avec la saison qu’elle connaissait, le podium était déjà une très belle performance », ajoute-t-il.

Le triple saut est aussi une discpline de souplesse./ Photo CI

Sur le dernier essai, Camille se libère encore un peu plus et retombe à 12m58. Ce qui la place première. Il ne reste alors plus que trois filles à sauter. Le rêve se rapproche. « J’étais à la fois contente de sauter à ce niveau, parce que ça faisait un petit moment que je n’étais pas retombée dans cette zone. Mais je savais qu’en me rapprochant encore de mon record (12m78, ndlr), j’avais le titre assuré. C’était vraiment horrible d’attendre ! », commente l’athlète blagnacaise. Finalement, le dernier saut de sa plus grande concurrente est mesuré à 12m73. Camille finit donc deuxième. « Je me doutais que Aretha Touam pourrait lui passer devant au dernier essai. Elle était à domicile (licenciée à Villeurbanne) ce qui a dû la motiver. Mais c’est déjà énorme ce qu’a réalisé Camille. Je n’étais pas loin de verser ma petite larme à la fin du concours. Mais je suis quelqu’un de pudique, et j’ai gardé ces fortes émotions-là pour moi (sourire) ».

Il ne reste plus qu’à profiter de ces moments rares dans la carrière d’une athlète. « J’étais vraiment trop contente une fois le concours terminé. Je suis allé voir mes deux entraîneurs, je les avais dans mes bras, un à chaque épaule, j’étais heureuse ! Cela leur prouve qu’ils ne prennent pas la petite stagiaire qui changent de ville tous les six mois pour rien ! (rires) J’étais aussi soulagée de regoûter enfin à un podium national« , se rappelle Camille, quatre ans après sa médaille de bronze en junior à Dijon. « Cela me motive encore plus pour la saison d’été », termine celle qui a débuté l’athlétisme grâce à une professeure de sport du collège, Mme Deleris.

« Représenter le Mali »

Camille Ichanjou a déjà franchi un nouveau cap cet hiver. La jeune Blagnacaise est qualifiée pour les championnats de France Élite en salle. Elle y retrouvera les autres grands champions des autres disciplines comme Christophe Lemaitre ouDimitri Bascou, médaillés olympiques l’été dernier à Rio. Elle espère aussi se faire une place pour les « France Élite » cet été. Avant de peut-être bientôt porter les couleurs du pays d’origine de sa mère : le Mali, là où elle a vécu jusqu’à ses huit ans. Et pourquoi pas dans la plus grande des compétitions sportives au monde. « Mais avant ça, il va falloir passer les étapes les unes après les autres« , modère la jeune sauteuse. « Cela commence par casser la barre des 13 mètres » explique Pierrick Chamayou. Et sans doute par les Jeux de la Francophonie cet été en Côte d’Ivoire.

Camille lors d’un meeting en salle à Aubière en 2014