Si Marine Le Pen est donnée favorite au premier tour de l’élection présidentielle talonnée par un duel au coude à coude entre François Fillon et Emmanuel Macron, c’est pourtant bien l’ancien locataire de Bercy qui sortirait vainqueur du second tour selon un récent sondage. Une course à la présidence qui s’annonce de plus en plus favorable pour Emmanuel Macron suite à la victoire de Benoit Hamon à la primaire de la gauche et l’affaire Pénélope Fillon.  Rencontre avec Mickaël Nogal, coordinateur départemental du mouvement « En Marche! » à Toulouse.

 

En 2012 vous aviez fait campagne pour François Hollande. Aujourd’hui vous vous retrouvez porte parole d’Emmanuel Macron et de son mouvement En Marche en Haute-Garonne. Qu’est ce qui vous a séduit ?

Pour moi le clivage gauche droite est dépassé. On s’en rend compte quand on voit qu’il existe aujourd’hui des visions opposées au sein même des partis politiques, chose que j’ai pû moi-même constater à l’époque où j’étais au PS mais c’est aussi le cas dans d’autres partis comme chez Les Républicains. On le voit bien avec la primaire à gauche, beaucoup de gens qui soutenaient Valls jusqu’aux résultats décident finalement de rejoindre le mouvement « En Marche » car ils ne se retrouvent pas dans la vision proposée par Benoit Hamon, alors que c’est censé être le candidat de leur parti ! Cette incohérence je l’avais remarquée depuis bien longtemps, et je la critiquais déjà car selon moi un parti se doit d’être clair. Aujourd’hui les progressistes peuvent être de droite comme de gauche, et pas forcément issus d’un même parti. Notre objectif avec « En marche » est donc de rassembler tous ces progressistes sur la base d’un projet commun dans un seul mouvement.

 

La victoire de Benoit Hamon à la primaire de la gauche et l’affaire Penélope Fillon ont-elles eu un impact sur les adhésions au mouvement ?

En effet je confirme. Il y a eu un pic d’adhésions déjà après le premier tour de la primaire à gauche mais aussi après le second tour. On le constate aussi sur le terrain quand on discute avec certains militants PS qui ne veulent pas participer à la campagne de Benoit Hamon tout comme du côté des militants de droite car bien que ce soit encore à la justice d’en juger, on va dire que les affaires dans lesquelles le nom de François Fillon a été cité ont quelque peu terni son image. Je pense aussi que de façon plus générale il y a un ras-le-bol de la politique qui s’est installé chez les gens car il y a eu beaucoup trop d’affaires depuis ces dernières années. La probité et l’exemplarité sont des points très importants pour les électeurs et c’est vrai que malheureusement certains politiques ont trop souvent manqué de transparence. Après on ne peut pas se réjouir du malheur des autres, mais je pense que c’est aussi cette probité qui suscite de l’intérêt pour notre mouvement car elle constitue pour nous quelque chose de très important. Elle fait même partie des critères d’investiture pour nos candidats aux législatives.

 

Le mouvement en Marche ne se revendique ni de droite ni dé gauche. Qu’est ce qui rassemble alors ses adhérents ?

Ce qui caractérise le mouvement En Marche aujourd’hui c’est son ouverture d’esprit. Les profils des adhérents sont très divers, certains nous rejoignent car ils subissent des blocages au quotidien que ce soit au niveau social ou économique et qui voientt en Emmanuel Macron quelqu’un qui veut déverrouiller notre société. Il y a aussi les déçus, ceux qui étaient encartés au PS mais qui ne sont pas satisfaits du quinquennat de François Hollande, mais aussi ceux qui étaient chez les Républicains et qui ne se reconnaissent pas dans la droite dure et conservatrice de François Fillon, notamment ceux qui avait voté Juppé. Au final on retrouve des sensibilités de droite, comme de gauche qui n’ont pas forcément les mêmes attentes mais qui se reconnaissent dans le discours d’Emmanuel Macron car il repose aussi sur du bon sens. On fait un constat de ce qui ne va pas, de ce qui ne fonctionne pas, et on se dit qu’on peut parvenir à rassembler les gens en leur donnant plus de liberté mais aussi plus de protection. Je pense que c’est un discours qui parle à tous les progressistes, que l’on soit de gauche comme de droite.

 

Le mouvement En Marche tient aussi vraiment à se distinguer des partis politiques. Mais au final qu’est ce qui est vraiment différent ?

Déjà il n’y a pas de carte, l’adhésion est libre et gratuite, mais nous sommes aussi beaucoup plus ouverts et diversifiés. Dans notre mouvement vous pouvez retrouver des gens qui sont encartés au PS, à l’UDI ou même chez les Républicains. C’est un mouvement qui est plus libre, à la fois dans la manière d’adhérer mais aussi dans la façon d’agir au quotidien sur le terrain. A mon avis c’est ça qui plaît et qui fait qu’aujourd’hui nous sommes environ 165 000 adhérents au niveau national. Chaque adhérent a également la possibilité de créer un comité local pour animer et faire vivre le mouvement au plus près de chez lui.

Et au niveau local comment le mouvement s’organise t-il ici à Toulouse ?

Il existe 75 comités locaux en Haute-Garonne et nous avons dépassé les 4000 adhérents. Les actions sont libres, chaque animateur local organise des réunions au rythme et au format qu’il souhaite mais il nous arrive aussi de nous retrouver dans des réunions plus globales où nous discutons du projet d’Emmanuel Macron ou encore sur des actions de terrains où nous allons à la rencontre des gens. On organise par exemple des distributions de tracts, mais là aussi on essaye aussi d’avoir une approche plus innovante et différente des partis comme c’est le cas en ce moment avec la Marche des campagnes où nous allons à la rencontre des habitants des territoires ruraux afin d’aller cerner leurs attentes et leurs préoccupations pour ensuite alimenter le projet « En Marche ». On ne va pas les voir pour leur dire de voter pour nous, mais plutôt pour les questionner et faire un diagnostic, démarche qui avait d’ailleurs déjà été menée par Emmanuel Macro au niveau national.

 

Emmanuel Macron a-t-il prévu de venir prochainement à Toulouse ?

Oui, il n’y a pas encore de date fixée mais je peux d’ores et déjà vous confirmer que ce sera avant le premier tour de l’élection présidentielle.

 

Mickaël Nogal, en bref

Âgé de 26 ans, Mickaël Nogal est le représentant du mouvement « En Marche » d’Emmanuel Macron à Toulouse et dans le département. Ce conseiller en communication a fait ses premières armes en politique dès le lycée en adhérant aux Jeunes Socialistes puis au PS. Il faisait partie des soutiens toulousains à Dominique Strauss-Kahn, l’homme qui lui « a fait prendre sa carte et franchir l’engagement militant » jusqu’à la fameuse affaire du Sofitel en 2011. En 2012 il soutient François Hollande, même si c’est plus pour empêcher Nicolas Sarkozy de briguer un second mandat présidentiel que par réelle adhésion à ses convictions. Il se met cependant assez vite en retrait du parti socialiste, « déçu par la façon dont François Hollande menait la barque ». Sa première rencontre avec Emmanuel Macron remonte à 2014. A l’époque le mouvement En Marche n’existait pas encore, mais déjà le toulousain apprécie le tout juste nommé Ministre de l’Economie avec qui il entretient une affinité. « J’avais l’impression de retrouver en lui la continuité idéologique de DSK, et j’appréciais aussi déjà son approche plus pragmatique ». En juin 2014 il s’engage auprès d’Emmanuel Macron et fait partie des fondateurs du mouvement « Les Jeunes avec Macron », un an avant la création du mouvement « En marche ».