L’industrie du cinéma peut parfois être féroce, et parmi les « gros poissons », subsistent les « petits » cinémas qui font le bonheur des spectateurs. Ici, à Américan Cosmograph, pas de publicité, pas de pop-corn et lumière éteinte jusqu’à la fin du générique… le plaisir de voir un bon film est la seule préoccupation des spectateurs. Dans ce petit cinéma d’Art et d’Essaies, en plein cœur de Toulouse, c’est le lien avec le public qui prime. Une ambiance conviviale et chaleureuse dans un bâtiment du XVIIIe siècle, à la décoration empreint d’histoire.

Dès la porte franchie, on se sent comme transporter dans un cinéma d’autre fois, les murs rouges, les boiseries et les sculptures entourent les visiteurs. De grandes affiches ornent les murs, les espaces sont réduits et nous plongent immédiatement dans leur monde. Trois salles au total sont disponibles pour une projection de 18 films en moyenne par jour, avec une fréquentation, il faut le dire, relativement âgée. Mais la majorité reste des habitués.
Pour la petite histoire, « Américan Cosmograph » est le nom qui a été donné à la bâtisse lorsque le premier cinéma a été ouvert en 1907. Entre-temps et jusqu’il y a de ça six mois, le lieu était connu sous le nom d’Utopia.
Annie et Jérémy sont les nouveaux gérants et ils ont souhaité rebaptiser les lieux afin de redonner au cinéma, son nom originel. Ces deux cinéphiles nous ont ouvert les portes et expliquent comment un « petit » cinéma peut survivre et lutter contre la grande industrie du cinéma. 

 

Affiches de films sur fond rouge, un décor qui nous plonge dans le monde du cinéma./Photo Alison Perret

« Nous on remplit mieux les salles, au finale, ça équilibre la concurrence »

Quand on se met à compter le nombre de cinéma dans le centre-ville de Toulouse, on pourrait se dire que les petites enseignes sont écrasées ! Mais non ! Il est vrai que la concurrence est présente, mais un certain équilibre est établi et les cinémas de proximités arrivent à s’en sortir. Pour ce qui est de l’American Cosmograph, ils tirent leur épingle du jeu en choisissant eux même leurs programmations. « Nous sommes libres de choisir les films que nous passons dans les salles. Le seul impératif, c’est le nombre de séances par film, car on s’engage de notre côté avec la distribution » explique Annie, co-gérante du cinéma. Une programmation choisie avec soin par les gérants, c’est un nouveau gage de leur implication, mais aussi de leur passion pour le cinéma. « Pour choisir les films que l’on aimerait projeter dans nos salles, on se déplace dans les festivals comme Cannes par exemple» ajoute Jérémy, co-gérant du lieu. La proximité avec les films et le public, c’est leur marque de fabrique.

 

Selon eux, il y a de la place pour tout le monde (petits et gros cinémas ) car ce n’est pas la même forme de consommation. « Ici à l’American Cosmograph, on aime parler avec les gens, voir les films avant leurs diffusions. C’est important pour nous, de cette manière, on peut expliquer nos choix lorsqu’un spectateur n’est pas satisfait du film. Ce qui est rare » explique Annie.
La différence entre les « Gaumont, UGC » et l’American Cosmograph, c’est qu’ici, les salles sont petites mais remplies. Annie explique que « le taux d’occupation des fauteuils est bien meilleur ici que dans un Gaumont. Pour la simple raison que nous avons moins de sièges et moins de séances. Certes, ils ont plus de monde, mais nous on remplit mieux les salles. Au finale, ça s’équilibre. »
La concurrence existe, mais l’ancien Utopia se débrouille très bien, surtout lorsque l’on sait qu’ils n’ont pas de subvention, pas de publicité. Ils accueillent des films plus modestes, mais contentent toujours leur public, et c’est ça qui leur importe.

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