Depuis le 3 octobre 2016, un arrêté ministériel interdit les compétitions de MMA en France. Les acteurs de ce sport de combat ne comptent pas le laisser passer. Gaël Grimaud, triple champion du monde de MMA, a déposé un recours. Son nouveau combat : donner une structure au MMA et surtout, une reconnaissance

Le 3 octobre dernier, le Ministère de la Jeunesse et des Sports a déposé un arrêté interdisant l’organisation des compétitions de MMA en France. Cette décision a été prise à cause des techniques de frappes au sol jugées dangereuses (autorisation des coups à terre) et des compétitions dans un octogone (une cage) qui porteraient atteinte à la dignité humaine. « On est indignés. Ca porte atteinte à la liberté d’expression, à la liberté d’agir de chacun parce qu’on n’a plus le droit de pratiquer du MMA librement en France, en compétition. Ca amène à tuer ce sport, parce qu’on sait très bien que la compétition c’est la vitrine d’un sport. » Gaël Grimaud, champion du monde de MMA installé à Toulouse, a créé une association pour suspendre cet arrêté : l’Association contre l’arrêté anti-MMA.

Le 23 décembre dernier, avec son équipe, Gaël Grimaud a déposé un recours (obtention de la reconnaissance d’un droit qui a été méconnu, ici la pratique du MMA. N.D.L.R). « Ce qui nous a valu cette attaque, c’est le manque de structure de ce sport, on n’a pas encore de Fédération et on n’est justement pas assez structurés pour pouvoir la proposer. »  Pour lui, c’est aussi une pression de la part des fédérations des autres sports de combat, comme la Fédération Française de Judo, qui craignent de perdre des licenciés. « Cet arrêté est historique, en plus, puisque normalement le Ministère ne statue pas sur des évènements sportifs. Seules fédérations en ont le droit« , souligne le champion.

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Donner une véritable structure au MMA.

Un cours de MMA au FightClub de Toulouse./ Photo Yannick Lonca

La première étape  pour l’association est de redonner de la légitimité au MMA avec une véritable organisation. Entouré par son équipe (avocats, chargés de communication et professionnels), Gaël travaille sur la mise en place d’une authentique méthode pédagogique, de progression, une ligue professionnelle, pour pouvoir développer le sport en France dans de bonnes conditions. « Mes conditions ont été risquées. J’ai combattu dans des pays étrangers (La France et La Norvège sont les seuls pays d’Europe à ne pas autoriser les compétitions. N.D.L.R.) alors que je n’avais pas la structure ni les outils nécessaires en France pour évoluer. » Et comme le MMA n’est pas reconnu, les professeurs ne peuvent pas avoir de diplômes : tout le monde peut donner des cours de MMA. « On a plutôt la chance d’avoir des entraineurs qui ont passé des diplômes sportifs, parce qu’en France, il faut des diplômes. Mais ça reste un risque qu’on va éviter avec cette structuration. »

Une fois que tout sera mis en place, l’association attendra la suspension de l’arrêté, sinon, ça sera le procès. Gaël Grimaud n’espère pas en venir jusque là. « C’est un sport qui va connaître un succès évident en France. C’est une véritable richesse puisqu’il ouvre la porte à tous les sports de combat. Et il donne confiance en soi. » Près de 5 000 personnes suivent le champion derrière ce projet. Il entamera bientôt un tour de France pour faire découvrir le MMA. « Le plus important aujourd’hui, c’est de fédérer les gens autour de ce sport. »

Le MMA défendu par son plus grand champion Français.

Fiche Technique Gaël Grimaud./ Camille Bigo

« J’ai toujours voulu être champion du monde. » Gael Grimaud commence sa carrière dans les sports de combat en tant que judoka. « J’étais en première division en judo mais je trouvais ce sport trop restreint. Il fallait poser les mains et faire tomber d’une certaine façon et rien d’autre. » Il découvre alors le MMA grâce à YouTube, et, prend des cours à Paris avec un ancien champion du monde de Karaté et de Boxe Thaïlandaise qui l’accompagne sur ses premières compétitions. Tout de suite, ça devient une évidence : « j’ai trouvé une discipline qui me permettait de faire ce que j’avais envie avec les capacités que j’avais. Comme dans le film Matrix, le MMA me faisait voir toutes les dimensions : un peu de boxe, la maîtrise du judo, du ju-jitsu brésilien, je pouvais tout mélanger« . En 2012, il devient pour la première fois champion du monde de MMA en Jordanie. Puis deux nouvelles fois au Bahreïn et à Dubaï.

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« Ce n’est quand même pas ce qui m’a le plus marqué. Bien sûr, on t’écoute plus quand tu es champion du monde, mais j’ai fait d’autres combat qui m’ont plus marqué émotionnellement et dans mon investissement physique et mental ». Aujourd’hui, Gaël fait du coaching et donne des cours dans des salles de sport. Mais il continue aussi de combattre ! Le 4 février, il participe au Fight Show de Toulouse. Au programme : le sport qui se rapproche le plus du MMA, le pancras (pas de coups au sol). Et le 17 mars, il remettra en jeu sa ceinture du 100% Fight qu’il a gardé depuis 10 ans.

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